Manœuvres de paix

Rfi

Rfi, 26 Novembre 2006

C'est la fin de l'exercice militaire «Sawa 2006», qui se déroulait depuis le 13 novembre au Cameroun, avec la participation de centaines d'officiers d'une dizaine de pays d'Afrique centrale. Des manœuvres de paix, au moment où dans cette région du continent le conflit du Darfour fait tâche d'huile. Sawa, ce qui veut dire «le littoral». L'essentiel de cet exercice avait pour cadre la côte camerounaise, dans la région de Douala : la base navale, la base aérienne et le camp Bassa avaient été mobilisés pour accueillir près d'un millier de participants, aux trois quarts africains, essentiellement des officiers, puisqu'il s'agit d'un exercice d'état-major. Avec, dans les premiers jours, une partie militaire, dans un contexte de crise ouverte un scénario impliquant un pays fictif, le Wenamel, en proie aux troubles politiques : état d'urgence, mise en place d'une force régionale d'intervention. Et, la semaine suivante, un volet policier, axé sur la sortie de crise : pacification et reconstruction. Il s'est agi de tester en vraie grandeur les structures et procédures qui seraient celles d'un état-major régional, dans sa composante stratégique qui prend les grandes décisions, et opérationnelle sur le terrain.

Un exercice conçu comme un vaste «jeu», au sein de plusieurs quartiers généraux, auquel ont participé les militaires des douze pays membres de la Communauté des Etats d'Afrique centrale, «conseillés» par leurs collègues de la quinzaine de pays «partenaires» - européens ou américains, et sous le patronage de l'Union africaine. L'organisation continentale cherche des appuis pour préfigurer ses futures «brigades régionales en attente», et parie notamment sur le dispositif franco-africain Recamp -Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix-, qui a l'avantage d'être de plus en plus multilatéral et international.

Ces cycles de formation à l'échelle d'un bataillon de paix, sur deux ans, associant tous les pays membres de la principale organisation régionale, il s'agit, cette fois, des pays de la Communauté des Etats d'Afrique centrale, sont ouverts à tous les Etats, quelle que soit leur ancienne «zone d'influence» politico-linguistique. Une forme originale de coopération militaire qui est, de plus en plus, endossée par les partenaires de la France au sein de l'Union européenne.

Et qui donc s'inscrit dans la nouvelle architecture de l'Union africaine, qui a créé un Conseil de paix et de sécurité, pour s'occuper elle-même des conflits sur le continent. Et qui, dans ce but, ambitionne de mettre sur pied une «Force africaine en attente», composée de cinq brigades régionales également «en attente» - une par grand secteur du continent. Ce qui correspond finalement au schéma d'entraînement régional «tournant», conçu au départ par les Français du Recamp, et qui en est actuellement à sa dixième année de fonctionnement : on en est à Recamp 5.

Si tout va bien, d'ici 2010, l'Union africaine aura construit un état-major stratégique de planification, et commencé la mise en place des états-majors régionaux. Elle aura validé sa structure, grâce à des cycles de formation et d'entraînement comme Recamp. Et les choses sérieuses pourront alors commencer ! Si tout va bien.