Le calme avant la tempête?

Redaction

Radio Canada, 26 Novembre 2006

Le calme était revenu, dimanche, à Abéché, dans l'est du Tchad, après des combats ayant opposé la veille les rebelles tchadiens de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) aux soldats gouvernementaux.

L'UFDD, opposée au gouvernement du président Idriss Déby, a quitté brusquement la ville, ce qui a permis à l'armée tchadienne d'en reprendre le contrôle. Ce changement s'est fait sans aucun combat.

Le chef de l'UFDD, le général Mahamat Nouri, a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'un aveu de défaite pour les rebelles, puisque leur objectif est d'affaiblir progressivement les troupes gouvernementales. Il a affirmé que la bataille de samedi avait fait 140 morts du côté gouvernemental, contre 22 dans les rangs de l'UFDD.

Le gouvernement n'a publié aucun bilan. Une porte-parole du haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a confirmé pour sa part que de 50 à 60 personnes avaient été hospitalisées à Abéché, dont des soldats, des rebelles et quelques civils.

Les organisations humanitaires ont rapporté que des entrepôts du HCR et du Programme alimentaire mondial avaient été pillés. De nombreuses ONG sont basées à Abéché.

Pendant ce temps, un autre groupe rebelle, le Rassemblement des forces démocratiques (RAFD), a pris position dans les villes de Biltine et d'Am Zoer, toujours dans l'est du Tchad.

L'ambassade de France à N'Djamena a affirmé par ailleurs qu'un important convoi du RAFD se dirigeait vers la capitale tchadienne.

Rébellion de longue date

Fin octobre, les rebelles de l'UFDD s'étaient emparé de Goz Beïda et d'Am Timan, près de la frontière avec le Soudan. L'armée gouvernementale avait réussi à les reprendre. Les combats ont notamment coûté la vie au chef d'état-major adjoint de l'armée tchadienne.

L'objectif ultime de la rébellion, menée par le général Mahamat Nouri, un ancien ministre de la Défense, est de renverser le gouvernement d'Idriss Déby.

Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, le président Déby a obtenu un troisième mandat en mai dernier, lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.

Dimanche, N'Djamena a de nouveau accusé le Soudan de tenter d'exporter les violences de la province du Darfour, de l'autre côté de la frontière est du Tchad, en soutenant l'UFDD. Khartoum a toujours démenti ces accusations.

Le gouvernement tchadien a aussi accusé l'Arabie saoudite de soutenir les mouvements rebelles. Le porte-parole du gouvernement tchadien a affirmé qu'il s'agissait d'une guerre pour la promotion de l'islamisme militant prôné par le réseau terroriste Al-Qaïda d'Oussama ben Laden.

Le 13 novembre dernier, le Tchad a décrété l'état d'urgence sur son territoire pour mettre fin aux affrontements entre les tribus arabes et non arabes. Selon le gouvernement, ces combats ont fait plus de 400 morts et des milliers de déplacés dans l'est du pays depuis le début du mois.

Vendredi, le Parlement a prolongé cet état d'urgence jusqu'à la fin mai 2007. Une censure de la presse privée est en vigueur.

Plus de 200 000 réfugiés du Darfour vivent dans l'est du Tchad. Le conflit au Darfour a fait plus de 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis février 2003.

Du côté de la population locale, plus de 90 000 personnes ont été déplacées dans l'est du Tchad, dont au moins 15 000 depuis le début novembre, selon le HCR.