Darfour: Washington et l'ONU appellent à agir vite

Afp

Cyberpress, 20 Novembre 2006

Les États-Unis et l'ONU estiment qu'il faut agir vite au Darfour après l'annonce d'un accord de principe sur une opération afro-onusienne dans cette région du Soudan en guerre civile depuis 2003, ont déclaré lundi deux hauts responsables américain et onusien.

«La situation sur le terrain s'est plus détériorée qu'améliorée au cours des dernières semaines et des derniers mois», a dit le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, lors d'une conférence à la Brookings Institution, à Washington.

«La situation sur le terrain est aujourd'hui inacceptable et (...) cela ne peut pas continuer comme cela», a-t-il ajouté. «Il ne faut pas perdre de temps», a estimé M. Guéhenno, jugeant nécessaire une «intensification du processus politique».
«Nous devons comprendre que nous avons un calendrier très serré. Des décisions doivent être prises», a dit de son côté l'émissaire spécial américain pour le Darfour, Andrew Natsios lors de cette conférence.

Selon lui, il faut notamment tenir compte du fait qu'un nouveau secrétaire général de l'ONU et un nouveau Congrès américain vont prendre leurs fonctions en janvier et que le mandat de l'Union africaine prend fin au 1er janvier.

À l'issue de longues discussions à Addis Abeba, notamment avec une délégation soudanaise et l'Union africaine (UA), le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a annoncé jeudi que le Soudan avait «accepté» le «principe d'une opération hybride» ONU-UA au Darfour.

Mais le gouvernement soudanais a affirmé samedi qu'il «n'avait pas accepté» un déploiement de Casques bleus et que l'ONU n'offrirait qu'une assistance technique.

Une réunion de l'Union africaine est prévue vendredi à Brazzaville pour faire avancer cette idée d'une opération UA-ONU et en fixer les contours.

«Il faudrait que gouvernement du Soudan et toutes les parties prenantes au Darfour acceptent le fait que la force devant être déployée a besoin d'être une force efficace», a dit M. Guéhenno. «Il faut que cette force ait des structures de commandement qui fonctionnent bien», a-t-il ajouté.

«Si nous mettons cela en place, je pense que, pour la première fois, il y a un espoir de commencer à voir la fin des immenses souffrances au Darfour», a estimé M. Guéhenno.

Selon lui, «il y aura besoin de troupes non-africaines venant de pays qui participent traditionnellement à des opérations de paix, tels que des pays d'Asie du Sud».

«Il est préférable d'avoir des pays qui ont l'expérience de cela dans d'autres endroits du monde parce qu'ils ont plus de chances de réussir», a renchéri M. Natsios à propos de cette force de maintien de la paix.

L'émissaire américain a souligné que Washington soutenait les efforts du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan et assuré que le gouvernement américain n'avait «pas d'ordre du jour caché» au Soudan.

Plus tard, lors d'un point de presse avec des journalistes, il a mis en garde Khartoum contre une action plus radicale, si le gouvernement soudanais ne donnait pas d'ici au 1er janvier son accord au plan détaillant le déploiement de la force de paix.

«Il y a une date, le 1er janvier. Ou bien nous constatons un changement ou bien on applique un plan B», a dit M. Natsios à des journalistes, sans vouloir donner de détails sur ce que pourrait être ce «plan B».

Des mesures plus radicales pourraient consister à déployer unilatéralement une force militaire qui serait dirigée par l'OTAN. D'autres options comprennent aussi des sanctions visant des entreprises appartenant à des responsables du parti au pouvoir, des mesures contre des sociétés étrangères opérant au Soudan et des poursuites contre des dirigeants soudanais pour crimes contre l'Humanité.