Darfour: les Nations unies n'ont pas renoncé à dépêcher des casques bleus

Par Daniel Wallis

Reuters, 16 Novembre 2006

En dépit de la ferme opposition du Soudan, les Nations unies n'ont pas renoncé à dépêcher des casques bleus au Darfour pour épauler le contingent africain de l'Union africaine (UA), assure Kofi Annan.

S'adressant à la presse en marge de la conférence internationale sur les changements climatiques de Nairobi, le secrétaire général de l'Onu a par ailleurs jugé la situation à la frontière tchadienne "très fragile et instable" et a évoqué le possible déploiement d'une mission d'observation.

"Nous étudions la possibilité d'envoyer des observateurs de l'Onu ou d'une quelconque présence internationale à la frontière et de coopérer avec le gouvernement tchadien pour assurer la sécurité des réfugiés et réduire les attaques transfrontalières. Mais nous n'avons pas renoncé à l'idée de renforcer la force (de l'UA) au Darfour", a-t-il déclaré.

Le conflit qui fait rage dans cette région de l'ouest du Soudan a éclaté en février 2003, lorsque des populations négro-africaines ont pris les armes contre le gouvernement central, qui a alors armé des milices arabes pour réprimer le soulèvement.

Connus sous le nom de "djandjaouids", ces miliciens sont accusés de massacres, de viols et de pillages à grande échelle.
L'UA a dépêché 7.000 hommes dans la région qui, faute de moyens, ne parviennent à assurer la sécurité des populations civiles ni a enrayer les violences dont le bilan s'élève à 200.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, notamment au Tchad. L'instabilité s'est également étendue à la Centrafrique et menace toute la région.

Les Nations unies souhaitent renforcer le contingent de l'UA, baptisé Muas, dont le mandat expire le 31 décembre, et lui apporter un soutien technique pour former à terme une mission "hybride" sous commandement conjoint. Khartoum s'oppose au projet, exigeant que le commandement reste entre les mains de l'UA.

Annan assistera jeudi à une réunion de crise sur le sujet à Addis-Abeba, en présence de délégations des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France). Le secrétaire général a en outre invité des représentants de l'Egypte, du Gabon, de l'Union européenne et de la Ligue arabe.

L'UA a, quant à elle, demandé à la Libye, au Nigeria, au Rwanda, au Sénégal et à l'Afrique du Sud d'y participer.

"EFFET DOMINO"
"La force de l'Union africaine au Darfour n'est pas parvenue à protéger les civils. Mon message pour la réunion de jeudi (...) est qu'il faut déployer des casques bleus au Darfour pour mettre un terme aux massacres en cours", a lancé Idriss Ibrahim Azong, au nom des rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), lors d'une conférence de presse dans la capitale éthiopienne.

Face à la fermeté de Khartoum, Mark Malloch Brown, secrétaire général adjoint de l'Onu, a prôné la souplesse. "On ne doit pas se montrer inflexible (...). S'il est plus aisé pour les Soudanais d'accepter une force essentiellement africaine, même si elle est puissamment soutenue sur le plan logistique par d'autres pays, alors cela nous convient dès lors qu'elle peut faire le travail", a-t-il déclaré à l'occasion d'une visite à Bruxelles.
"Je ne crois pas qu'il faille s'attacher aux drapeaux. Ce sera hybride quoi qu'il en soit", a-t-il insisté.

Le président soudanais Omar Hassan al Bachir n'est pas hostile à l'"option allégée" d'un renfort onusien, avait déclaré la veille Jean-Marie Guéhenno, sous-secrétaire général de l'Onu chargé des opérations de maintien de la paix, selon le compte rendu de son intervention devant le Conseil de sécurité.

Mais Bachir a "insisté sur le fait que les militaires et policiers de l'Onu déployés pour soutenir la Muas devraient porter des bérets 'verts' - donc, de la Muas - ce qui n'est pas acceptable pour les Nations unies", a-t-il ajouté.

A Washington, un haut responsable du département d'Etat a exhorté mardi Khartoum à accepter "l'offre hybride".
"Il faut obliger (...) le président Bachir à accepter cette offre mixte entre l'UA et l'Onu", a renchéri mercredi Philippe Douste-Blazy, chef de la diplomatie française, qui s'est rendu dans la région le week-end dernier.

"Stabilisons le Soudan et le Darfour, mais stabilisons aussi tout ce qui est autour pour ne pas avoir d'effet domino (...)", a-t-il ajouté sur France 2.

Le Congolais Denis Sassou-N'Guesso, président en exercice de l'UA, s'était dit favorable, mardi, à l'envoi de troupes pour protéger les frontières du Tchad et de la République centrafricaine.

"Nous sommes convaincus que la détérioration de la situation au Tchad et en République centrafricaine peut exiger le déploiement d'une mission de maintien de la paix", a également reconnu mercredi Guéhenno, interrogé par la BBC.

Signe de cette détérioration, les autorités soudanaises ont ordonné l'expulsion du personnel de l'Organisation internationale des migrations (OIM) dans l'Etat du Sud Darfour, l'accusant de s'opposer au retour des réfugiés.