Des Casques bleus bientôt au Darfour ?

Marie Simon

L'express, 15 Novembre 2006

En dépit de la ferme opposition du Soudan, les Nations unies ne renoncent pas à envoyer des Casques bleus au Darfour pour épauler le contingent africain de l'Union africaine (UA), assure Kofi Annan. Le secrétaire général de l'ONU juge la situation à la frontière tchadienne "très fragile et instable" et envisage le possible déploiement d'une mission d'observation "de l'ONU ou d'une quelconque présence internationale à la frontière". Il souhaite d'ailleurs "coopérer avec le gouvernement tchadien pour assurer la sécurité des réfugiés et réduire les attaques transfrontalières" sans renoncer non plus à "l'idée de renforcer la force (de l'UA) au Darfour".

Le conflit qui fait rage dans cette région de l'ouest du Soudan a éclaté en février 2003, lorsque des populations négro-africaines ont pris les armes contre le gouvernement central, qui a alors armé des milices arabes pour réprimer le soulèvement. Connus sous le nom de "djandjaouids", ces miliciens sont accusés de massacres, de viols et de pillages à grande échelle.

Vers une mission hybride
L'UA a dépêché 7000 hommes dans la région qui, faute de moyens, ne parviennent à assurer la sécurité des populations civiles ni a enrayer les violences dont le bilan s'élève à 200 000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, notamment au Tchad. L'instabilité s'est également étendue à la Centrafrique et menace toute la région. Les Nations unies souhaitent renforcer ce contingent baptisé Muas, dont le mandat expire le 31 décembre, et lui apporter un soutien technique pour former à terme une mission "hybride" sous commandement conjoint. Khartoum s'oppose au projet, exigeant que le commandement reste entre les mains de l'UA.

Annan assistera jeudi à une réunion de crise sur le sujet à Addis-Abeba, en présence de délégations des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France). Le secrétaire général a en outre invité des représentants de l'Egypte, du Gabon, de l'Union européenne et de la Ligue arabe. L'UA a, quant à elle, demandé à la Libye, au Nigeria, au Rwanda, au Sénégal et à l'Afrique du Sud d'y participer.

"Effet domino"
Face à la fermeté de Khartoum, Mark Malloch Brown, secrétaire général adjoint de l'ONU, prône la souplesse. "On ne doit pas se montrer inflexible (...). S'il est plus aisé pour les Soudanais d'accepter une force essentiellement africaine, même si elle est puissamment soutenue sur le plan logistique par d'autres pays, alors cela nous convient dès lors qu'elle peut faire le travail", a-t-il indiqué. Le président soudanais Omar Hassan al Bachir n'est pas hostile à cette "option allégée" d'un renfort onusien, selon le compte rendu de son intervention devant le Conseil de sécurité.

A Washington, un haut responsable du département d'Etat a exhorté mardi Khartoum à accepter "l'offre hybride". "Il faut obliger (...) le président Bachir à accepter cette offre mixte entre l'UA et l'ONU", a renchéri mercredi Philippe Douste-Blazy, chef de la diplomatie française, qui s'est rendu dans la région le week-end dernier. "Stabilisons le Soudan et le Darfour, mais stabilisons aussi tout ce qui est autour pour ne pas avoir d'effet domino (...)", a-t-il ajouté.