Darfour : Annan tente de débloquer le dossier, avant son départ de l'ONU

Emmanuel Goujon

Afp, 16 Novembre 2006

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a tenté jeudi, un mois et demi avant son départ de l'organisation, de débloquer une nouvelle fois l'épineux dossier du Darfour, région soudanaise en guerre, lors d'une réunion à Addis Abeba en présence d'une délégation de Khartoum.

Les discussions ont été suspendues en fin d'après-midi et devaient reprendre vers 20h00 (17h00 GMT).

La réunion a été convoquée par M. Annan et le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, tous les deux présents jeudi dans la capitale éthiopienne.

Y participaient aussi des représentants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, France, Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne), et du Conseil de paix et de sécurité de l'UA. Le Soudan a dépêché son ministre des Affaires étrangères, Lam Akol, la Ligue arabe était représentée par son secrétaire général, Amr Moussa.

Selon une lettre datée du 11 novembre et envoyée par M. Annan aux invités, le but de cette réunion est "d'examiner la situation au Darfour et de faire avancer de manière décisive le processus de paix" dans cette région de l'ouest du Soudan, en guerre civile depuis 2003.

Mais une source proche de M. Konaré a déclaré à l'AFP jeudi sous couvert d'anonymat que "cette réunion risquait de ne pas donner grand chose, chacun est campé sur ses positions et sait que Kofi Annan est sur le départ".

M. Annan quittera le 31 décembre son poste de secrétaire général de l'ONU et sera remplacé par le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Ban Ki-moon.

Dans l'entourage de M. Annan, on a aussi expliqué jeudi que les Soudanais avaient, semble-t-il, déjà pris contact avec le successeur de M. Annan.

Khartoum est catégoriquement opposé au déploiement d'une force de l'ONU au Darfour, qui doit théoriquement prendre le relais de la mission de l'UA (Amis), sous-financée et mal équipée, conformément à la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l'Onu votée le 31 août.

Jeudi, le gouvernement soudanais a campé sur ses positions. Khartoum "peut accepter que les Nations unies assistent en terme logistique, télécommunications et techniques l'Amis, (...) mais le commandement des troupes doit rester africain", a insisté M. Akol à la presse.

Interrogé sur la possibilité pour l'ONU d'envoyer des troupes dans cette région, il a simplement répondu "non".

"La résolution 1706 est derrière nous, et nous espérons avec cette réunion une avancée", a déclaré pour sa part un membre de la délégation soudanaise, sous couvert d'anonymat.

Un document remis aux invités et destiné à faciliter l'échange de vues décrit cependant "une approche par étapes en vue d'arriver à une présence de maintien de la paix renforcée au Darfour".

Cette approche envisage d'abord le renforcement de l'Amis, dont le Soudan a accepté le principe, ensuite la mise sur pied d'une "opération hybride ONU-UA", et enfin le déploiement d'une force de l'ONU.

"Nous ne sommes pas habilités à prendre des décisions, nous sommes là pour des consultations", a expliqué Rodolphe Adada, ministre des Affaires étrangères pour le Congo, pays qui assure actuellement la présidence de l'UA.

"Le document que nous pouvons obtenir ici pour l'UA sera remis et examiné par les chefs d'Etat et de gouvernement à la prochaine réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'UA qui se tiendra à Brazzaville le 24 novembre", a-t-il ajouté.

La guerre au Darfour a éclaté en février 2003 entre des rebelles d'ethnies africaines et l'armée de Khartoum appuyée par les milices arabes djandjawids. Elle a fait environ 200.000 morts et provoqué le déplacement de 2,5 millions de personnes, notamment au Tchad.

La réunion d'Addis se tient au moment où cette crise déborde sur des pays voisins, le Tchad et la Centrafrique.