Le conflit du Darfour déborde en Centrafrique

Redaction

Le Figaro, 18 Novembre 2006

Le président centrafricain François Bozizé a dénoncé « une violation de son territoire par une rébellion extérieure ». Le Tchad a proposé son aide sous forme d'envoi de troupes.


LES RAVAGES nés de la crise du Darfour gagnent. Cantonnée jusqu'ici, et avec difficulté, à l'immense territoire désertique du Darfour, la guerre opposant les autorités de Khartoum aux rebelles de la province de l'ouest déborde de plus en plus du champ clos soudanais. Au point de menacer le fragile équilibre de la région.

Signe de l'agitation des esprits et des fortes inquiétudes, le Tchad a proposé hier d'envoyer des troupes en République centrafricaine. Objectif affiché de l'opération : se porter au secours du chef de l'État centrafricain, François Bozizé, proche du président tchadien Idriss Déby, en l'aidant à contrer une rébellion implantée dans le nord du Centrafrique et soutenue, selon N'Djamena, par le Soudan.


De passage à Bruxelles, le président centrafricain n'a pas évoqué la proposition d'aide du Tchad, mais a confirmé les accusations portées par N'Djamena. « Mon pays, a-t-il dit, fait face depuis maintenant quinze jours à une agression caractérisée par la violation de son intégrité territoriale (...) par une bande d'assaillants non identifiés qui veulent nous imposer une rébellion de l'extérieur ». Selon lui, le Soudan soutiendrait ces rebelles.


Pays le plus touché par les conséquences de la crise du Darfour, le Tchad est également le plus en pointe dans ses prises de position. Dans un discours devant le Parlement, le premier ministre a appelé la population du pays à la « mobilisation générale contre la guerre généralisée imposée par le gouvernement soudanais ». Selon lui, le Tchad est victime d'incursions de « soldats soudanais », le long de sa frontière est. Ces incursions auraient fait, depuis la fin octobre, plus de 400 morts dans la zone Goz Beïda. Les violences entre tribus arabes et non arabes se sont développées dans la région tchadienne du Ouaddaï après une première vague d'affrontements dans la région du Salamat qui avait déjà fait plus d'une centaine de morts.


Crise humanitaire


Président de l'Union africaine (UA) et proche de Paris, qui ne cache pas sa préoccupation, Denis Sassou Nguesso s'était déclaré favorable, voici quelques jours, au déploiement d'une force internationale à la frontière entre le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine. « Nous pensons, a-t-il affirmé au sortir d'un entretien avec Jacques Chirac, qu'il est dangereux de voir la situation au Darfour s'étendre et risquer de déstabiliser le Tchad et la RCA. »


À Genève, le haut commissaire de l'ONU aux Droits de l'homme, Louise Arbour est montée au créneau afin de demander une « action immédiate » pour prévenir une catastrophe humanitaire au Tchad. « Une action doit être menée immédiatement pour arrêter une crise humanitaire qui frapperait de plein fouet le sud-est du Tchad », a-t-elle dit. Voici quelques jours, le haut commissariat des Nations unies aux Réfugiés (HCR) a réclamé le déploiement d'une force internationale de protection au Tchad. Depuis le début des dernières violences, 7 000 Tchadiens ont fui leurs foyers. Le pays abrite déjà plus de 200 000 réfugiés venus du Darfour.