Le conflit soudanais sème la panique à Bangui

J. C.

L'humanité, 21 Novembre 2006

Depuis trois semaines, une rébellion opérant depuis le sud de Darfour s’est emparée de plusieurs villes centrafricaines et menace de marcher sur la capitale.

Le cauchemar du Darfour est en passe de raviver la crise centrafricaine. L’attaque engagée voilà trois semaines par des groupes armés opérant depuis le sud du Darfour risque non seulement de déstabiliser la République centrafricaine et son voisin tchadien, mais menace à terme l’ensemble de la sous-région, vient de déclarer le président gabonais, Omar Bongo, s’exprimant au nom de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Cette dernière annonce un renforcement de son petit contingent militaire dans ce pays pour aider son gouvernement à contrer l’offensive lancée par les rebelles dans le nord, a précisé Omar Bongo.

Les rebelles, qui exigent du président centrafricain, François Bozizé, qu’il accepte la tenue de négociations sur un partage du pouvoir, occupent un certain nombre de villes du nord-est du pays et marcheraient actuellement vers le sud et la capitale Bangui, de même que vers l’ouest. La République centrafricaine est membre de la CEMAC aux côtés du Gabon, du Tchad, du Cameroun, de la République du Congo et de la Guinée équatoriale. Depuis 2002, un petit contingent de maintien de la paix, appelé FOMUC (Force multinationale en République centrafricaine), est stationné dans ce pays. Il compte un peu moins de 400 soldats gabonais, congolais et tchadiens. Les pays de la CEMAC, a dit Bongo, « ont accédé à la demande des autorités centrafricaines de renforcer le dispositif de la FOMUC et d’intervenir dans la sécurisation des zones en conflit ». On ignore cependant combien de militaires seront envoyés en renforts. À cette fin, les pays concernés « ont sollicité de la communauté internationale tout l’appui logistique et financier nécessaire à la stabilisation de cette région », poursuivait le président gabonais. Un appel implicite à la France, qui a déjà accepté de fournir une aide en matière de renseignements et de logistique aux forces armées du président Bozizé. De son côté, le Tchad a annoncé unilatéralement, vendredi, qu’il allait envoyer davantage de troupes pour aider le gouvernement de Bozizé à refouler les rebelles.

La République centrafricaine et le Tchad se disent victimes d’un conflit régional plus large mené par le Soudan, à partir du Darfour. Ils accusent Khartoum (qui dément) d’envoyer des groupes armés par-delà les frontières du Soudan pour déstabiliser les pays voisins. Selon Bangui, les rebelles, qui ont déjà pris les villes de Birao et d’Ouanda Djalle, dans la préfecture de Vakaga (nord-est de la République centrafricaine), comptent parmi eux des éléments tchadiens et soudanais. Les rebelles, déclarent des responsables centrafricains, cherchent actuellement à se diriger vers la ville de Bria, près de laquelle se trouvent des mines de diamants, et vers l’ouest, en direction de Ndele.

Des experts militaires étrangers doutent que l’armée régulière centrafricaine, qui compte 4 500 hommes, ait la capacité de refouler les rebelles sans une aide extérieure importante. Les rebelles de l’UFDR (Union des forces démocratiques pour le rassemblement) affirment que nombre de leurs combattants sont d’anciens compagnons d’armes de Bozizé, qui s’est emparé du pouvoir en 2003 avec ses alliés tchadiens.