Polémique entre M. Douste-Blazy et le gouverneur du Darfour du nord

Ap

Le Monde, 13 Novembre 2006

Une polémique a opposé lundi à El-Facher, capitale du Darfour du nord, le chef de la diplomatie française au gouverneur Youssef Othman Kibir qui a dénoncé "l'agenda caché" qu'aurait, selon lui, la communauté internationale dans cette province de l'Ouest du Soudan.

"Il ne faudrait pas que le ressentiment domine pour qu'on puisse arriver à un accord (au Darfour) et il ne faudrait pas non plus qu'il y ait un agenda caché", a déclaré M. Kibir.

M. Douste-Blazy l'a assuré qu'il n'y avait "pas d'agenda caché ni de complot pour affaiblir le gouvernement soudanais". "Ce qui existe est une volonté de ne plus voir des milliers de personnes dans la guerre", a poursuivi le ministre.

Le gouverneur de la province a pour sa part insisté, affirmant qu'il était "d'accord pour la France, mais pas pour la communauté internationale dont une partie à un agenda caché".

Le Soudan a rejeté la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée le 31 août sous l'impulsion des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne et décidant l'envoi de 17.000 Casques bleus pour prendre la relève de la force de l'Union africaine (Amis) au Darfour, sous-financée et mal équipée.

M. Douste-Blazy, en provenance de Khartoum où il était en visite officielle dimanche, devait se rendre ensuite dans un camp de réfugiés en hélicoptère, l'accès en voiture étant impossible pour des raisons de sécurité.

La guerre civile au Darfour a fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003, selon l'ONU.

Sur la proposition française de force internationale à la frontière du Soudan avec le Tchad et la République centrafricaine, deux pays que Paris redoute de voir déstabilisés par le conflit du Darfour, M. Kibir a déclaré comprendre la préoccupation de Paris, mais a ajouté que "la stabilisation ne peut s'effectuer de manière unilatérale et doit se faire des deux côtés".

M. Kibir a aussi affirmé que la "situation humanitaire et sécuritaire était en train de s'améliorer" au Darfour, citant à l'appui les statistiques d'un rapport de l'Unicef portant sur le taux de mortalité infantile et de criminalité dans les camps.

"Nous n'allons pas nous livrer à une guerre de chiffres", a rétorqué M. Douste-Blazy, en faisant valoir que le problème était "pour ceux qui n'ont pas accès à l'aide humanitaire et qui ne se trouvait donc pas dans les camps".

Le ministre a rencontré à huis-clos plusieurs représentants des organisations humanitaires qui lui ont fait part de leur opposition à une implication des Nations unies au Darfour qui pourrait, selon eux, mettre en danger leur neutralité aux yeux des populations.