Devant le refus obstiné du président soudanais: La France propose la révision de la Résolution 1706

Coulibaly Zié Oumar

Eburnanews, 16 Novembre 2001

Va-t-on vers une révision de la Résolution 1706 du conseil de sécurité de l'ONU votée le 31 août dernier ? Tout porte à le croire.

Après le rejet de cette résolution par le président soudanais Omar Hassan el-Béchir, la communauté internationale se tourne et se retourne sur elle-même pour trouver une solution de rechange. Le président soudanais a, en effet, à maintes reprises, rejeté le déploiement d'une quelconque troupe de l'ONU dans son pays. C'est que la résolution votée par le conseil de sécurité a décidé d'envoyer au Dafour -(partie du Soudan en conflit depuis 2003 et qui a fait entre 250.000 et 500.000 morts et déplacés et quelque 2,5 millions d'autres) 17300 casques bleus en remplacement des la force de l'Union africaine (UA) forte de 7.200 hommes et qui serait mal équipée et sous financée. Selon les détracteurs de El Béchir, cette force s'est révélée de plus en plus incapable de protéger des civils et même des travailleurs humanitaires contre des attaques des forces gouvernementales, des janjaweed, et des groupes rebelles. Pour le président Béchir, cité par l'agence IPS, ''(L'ONU) veut prendre prétexte de la question du Darfour pour nous contrôler et re-coloniser le Soudan''. Alors, que faire face au niet du président Béchir ?

Du côté américain, le président George W. Bush a eu, en septembre, l'aval du congrès américain pour faire pression sur le Soudan jusqu'à ce qu'il autorise le déploiement de soldats de maintien de la paix de l'ONU dans le Darfour. Il s'agit de geler les avoirs financiers et d'annuler les visas des autorités de Khartoum, la capitale du Soudan, qui seraient impliquées dans des crimes de guerre au Darfour. Selon un diplomate interrogé par le journal français le Figaro, “Le vote de cette résolution a été une très grave erreur, car la menace ne fonctionne pas sur le gouvernement soudanais.

Les autorités ont, au contraire, renforcé leur répression. Nous sommes maintenant dans une dangereuse situation de blocage”. C'est pourquoi, la France qui avait pourtant voté la résolution 1706 a fait une proposition pour sortir de l'impasse à travers son ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, qui a eu la semaine dernière un tête à tête avec le président soudanais. En fait, le ministre français a proposé, en lieu et place de Casques bleus, de renforcer la mission de l'Union africaine (AMIS) déjà stationnée au Darfour.

« Le renforcement de l'Amis avec des troupes africaines, mais aussi avec une aide en matériel de l'ONU, pourrait en faire un outil très efficace »,rapporte le Figaro. Mais Paris souhaite également le déploiement de Casques bleus au Tchad et en Centrafrique. « Pour éviter que le conflit se généralise, il est important de poster des forces des deux côtés de la frontière », insiste-t-on au Quai d'Orsay. Voilà donc ce que Jacques Chirac propose pour contourner la résolution qu’il a lui-même votée. Parce que inapplicable sur le terrain et surtout rejetée par les autorités légales du Soudan que la résolution reconnaît d'ailleurs quand elle affirme dans son préambule qu'elle réaffirme “son ferme attachement à la souveraineté, à l'unité, à l'indépendance et à l'intégrité territoriale du Soudan...”

C'est dire donc qu'une résolution peut être votée et remise en cause par des membres du conseil de sécurité parce que inopérante sur le terrain. On comprend alors difficilement que la France, dans le cadre de la Côte d'Ivoire veuille mordicus que sa résolution qu'elle a fait voter pour, selon la presse française, “ligoter” le président Laurent Gbagbo s’applique absolument. Le président soudanais a dit non et son “non” fait autorité au point de faire changer la position de la communauté internationale.

Une résolution peut donc être rejeté sans que le ciel ne tombe sur les autorités du pays qui l'ont rejetée. Pourquoi alors veut-on faire croire à la Côte d'Ivoire que c'est sa dernière chance si elle n'applique pas la résolution de la France ? Intimidation. Rien d'autre. Vu la détermination du président ivoirien, on n'est quasi certain que cette intimidation ne passera pas.