Le conflit au Darfour franchit les frontières

Armelle Le Goff

20 Minutes, 16 Novembre 2006

On l'appelle la zone des « trois frontières ». Située aux confins du Soudan, du Tchad et de la République centrafricaine, elle est, depuis toujours, très instable. Mais ces dernières semaines, une insécurité accrue semble avoir gagné la zone, conséquence, selon les observateurs, de la propagation du conflit du Darfour. Depuis 2003, une violente guerre civile oppose l'armée soudanaise, appuyée par des milices arabes djandjawids, aux tribus rebelles noires. Elle a déjà fait 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Et, malgré les accords d'Abuja de mai dernier, rien ne semble pouvoir mettre un terme au conflit.

Il y a deux semaines, c'est de l'autre côté de la frontière, au Tchad, que des violences intercommunautaires se seraient déchaînées, faisant près de quatre cents morts. Selon les témoignages, le scénario est identique à celui du Darfour. Idem en République centrafricaine où, à la frontière soudanaise, des opposants au président François Bozizé auraient pris la ville de Birao. Pour le président centrafricain, fidèle allié du Tchad, nul doute que le Soudan soutient la sédition.

Pour sécuriser la zone, Paris a proposé en début de semaine le déploiement d'une force internationale le long de la frontière soudanaise. Une proposition qui a reçu un accueil mitigé. Pour Roland Marchal, chercheur au Ceri et spécialiste de l'Afrique, cette solution n'aurait pour seul mérite que d'assurer la survie des deux alliés de Paris, Idriss Déby au Tchad et François Bozizé en République centrafricaine. « En aucun cas cette hypothèse ne permettra d'éviter la circulation de groupes lourdement armés agissant pour le compte de tel ou tel mouvement d'opposition le long de plusieurs milliers de kilomètres extrêmement poreux », soutient le chercheur. Ni le massacre de populations civiles.