Sudan: Le triangle maléfique

Redaction

All Africa, 16 Novembre 2006

Ce qu'on redoutait a fini par arriver. Petit à petit, le conflit au Darfour est en train de prendre une dimension régionale. En effet, aujourd'hui le chaudron soudanais est en train de déborder de ses limites originelles pour s'étendre à d'autres pays. Le premier a être éclaboussé, c'est le Tchad.

En effet, depuis plus d'un an, une kyrielle de rébellions armées qui ont pris corps à la lisière du Darfour, ce no man's land poreux, donnent du fil à retordre à Idriss Deby Itno. A l'entame de ses soucis militaires, N'Djamena a toujours accusé Khartoum d'être derrière ces rebelles qui l'empêchent d'avoir des nuits tranquilles. C'est dans ce contexte que François Bozizé, l'homme fort de Bangui, est frappé à son tour par une...rébellion, curieusement à la frontière avec le Darfour. Comme Deby, Bozizé aussi accuse Khartoum.

Les observateurs avisés, comme Alpha Omar Konaré, le président de la Commission de l'Union africaine, avancent carrément que « ce qui se passe aujourd'hui au Tchad et en République centrafricaine est la conséquence du Darfour ». Dans cette partie de l'Afrique, tout le monde s'accorde à dire que plus que jamais, les risques d'un conflit régional sont réels et que le problème du Darfour peut noyer toute la région.

Tout comme à un moment donné au Tchad, les rebelles centrafricains ont rapidement pris le contrôle de plusieurs localités. Et partout, c'est les mêmes images de malheur et de désespoir de réfugiés fuyant les combats ou tout simplement les zones assiégées. De plus, la nouvelle donne, avec ces dernières semaines les affrontements entre communautés arabes et non-arabes au Tchad, n'est pas pour arranger les choses. Face à cette situation, Idriss Deby vient de décréter l'état d'urgence dans six régions et la capitale tchadienne. Pour sa part, Bozizé a lancé un appel à la France pour un soutien militaire.

Sur ce plan, Bangui vient d'obtenir, en partie, satisfaction puisque Paris s'est engagé à lui fournir « un appui logistique et dans le domaine du renseignement aérien ». Le Tchad aussi avait bénéficié d'un tel appui qui a été déterminant dans la bataille de N'Djamena et les rebelles avaient fini par battre en retraite. Même si Paris n'engage pas ses hommes sur le terrain des combats, il n'en demeure pas moins qu'elle reste entièrement impliquée et au Tchad et en Centrafrique. En effet, l'importance du renseignement dans un conflit n'est plus à démontrer. Et ce n'est pas par hasard si un avion français a essuyé un tir de missile au Tchad. En procédant à ce tir, l'objectif affiché des rebelles était certainement d'intimider un peu la France ou de la pousser à la faute.

Une fois de plus, la France, l'ancienne puissance colonisatrice, se trouve, peut-être malgré elle, dans un bourbier de son pré carré africain : Côte d'Ivoire, Tchad, Centrafrique. Sa position, il faut le reconnaître, n'est pas facile ni évidente même si elle est souvent obligée de soutenir des dictatures sous nos tropiques. Par contre si elle ne fait rien et que la situation dégénère, c'est encore elle qu'on accusera de n'avoir rien entrepris pour stopper à temps les choses. Une position inconfortable dans laquelle tout le monde peut lui en vouloir d'être ou non intervenue face à telle ou telle situation.

Mais plutôt que de soutenir à bout de bras des régimes aux abois, Paris ferait mieux d'encourager et d'aider les gouvernants de ses ex-colonies à cultiver la bonne gouvernance et à laisser les processus électoraux se dérouler dans la transparence. Il n'y a aucun autre remède. Sinon, ce ne sera pas demain que cette attitude paternaliste de la France va s'arrêter.