Darfour : le Tchad décrète l'état d'urgence

Afp

Le Figaro , 15 Novembre 2006

L'Union africaine, Paris et Washington s'inquiètent des risques de contagion après les affrontements dans l'est du pays.

À QUELQUES jours d'importantes réunions sur le Darfour à l'Union africaine (UA), le poison de la crise s'étend au Tchad et en Centrafrique, deux pays qui, proches de la France, s'efforcent tant bien que mal de juguler la contagion.


Confronté à une brutale montée des affrontements dans l'Est, le gouvernement tchadien a annoncé lundi la mise en place de l'état d'urgence. Dans une déclaration à la nation, le premier ministre de N'Djamena a justifié cette décision en expliquant que « dans les régions du Salamat, du Ouaddaï et du Wadi Fira », des affrontements intercommunautaires mettent « en péril la cohésion nationale ». Accusant le gouvernement soudanais de « vouloir exporter le conflit interne du Darfour sur le territoire tchadien », les autorités tchadiennes ont donc décidé d'imposer l'état d'urgence dans plusieurs provinces et la capitale, ainsi que la censure préalable sur l'ensemble des médias.


Ces dispositions ont été vivement critiquées par l'opposition qui les a jugées « disproportionnées ». Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a, en revanche, relayé les inquiétudes formulées par N'Djamena : « Nous redoutons que ces hostilités dégénèrent et échappent à tout contrôle pour menacer tout le sud-est du Tchad », a affirmé dans un communiqué l'organisation onusienne.


Faute de moyens, les autorités centrafricaines se sont, elles, contentées de gesticuler. Confronté à une instabilité permanente, le gouvernement du président Bozizé a tout comme son voisin tchadien réclamé le déploiement d'une force internationale de maintien de la paix pour assurer la sécurité des frontières. Arrivé au pouvoir en 2003 avec l'aide d'Idriss Deby, François Bozizé fait face en son pays aux rebelles de l'Union démocratique des forces pour le rassemblement (UDFR).


Soutien de Paris


Le Tchad, comme la Centrafrique, bénéficie du soutien de Paris. Liée avec N'Djamena par un accord de coopération militaire, la France maintient depuis 1986 le dispositif « Épervier » (1 100 hommes) appuyé par des Mirage F-1. Paris procure également aide tactique et soutien logistique à Bangui : 200 soldats français sont sur place, et un avion de transport militaire C-130 a été dépêché dans la fragile république.


Sur le fond, les autorités françaises plaident actuellement pour la mise en place d'une force internationale sur les frontières soudanaises. Elles bénéficient de l'appui du président de la commission de l'Union africaine (UA). Dans une interview à la Croix, Alpha Omar Konaré met en garde contre un « risque de conflit régional » : « Ce qui est certain, dit-il, c'est que l'Union africaine ne peut continuer seule de la façon actuelle (...) La nature du conflit dépasse les capacités que nous avons aujourd'hui sur le terrain ».


Washington qui a depuis peu renoncé à déployer des Casques bleus au Darfour s'est déclaré « préoccupé » par la situation : « C'est indubitablement une source d'inquiétude, et nous surveillons cela de très près », a affirmé un porte-parole du département d'État.