L’Europe serait-elle l’Ultime recours au Darfour ?

Par Mahor Chiche Et Emmanuel Dupuy

Infosplusgabon, 07 Novembre 2006

LIBREVILLE, 7 novembre (Infosplusgabon) - Pour le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Kofi Annan, le Darfour, cette province de l’ouest du Soudan où se déroulent depuis 2003 des massacres à grande échelle, est "l’enfer sur terre". Ni les accords de paix scellés à Abuja le 5 mai 2006, ni le renforcement des contingents de l’Union Africaine , ni le vote d’une énième résolution onusienne n’ont mis fin à la catastrophe humanitaire. L’enfer brûle toujours.

Depuis février 2003, les milices Janjawids issues des tribus musulmanes "arabes" et alliées du régime islamiste de Khartoum, sèment la terreur et massacrent impunément les tribus musulmanes "africaines" contestataires de l’ouest du Soudan. Le conflit du Darfour a déjà fait plus de 300 000 morts, 3 millions de réfugiés et de déplacés (principalement au Tchad voisin) et privé 500 000 personnes de toute aide humanitaire.

L’ONU a déjà voté six résolutions et qualifié les actes du régime soudanais de « crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ». Cependant, les efforts des Nations Unies pour le déploiement de Casques bleus au Darfour semblent pour l’heure vains. Le gouvernement soudanais a ainsi déclaré : « nous ne confierons jamais le Darfour à des forces internationales qui n’apprécieront jamais d’être venues dans une région qui deviendra leur tombe » .

En raison de l’incurie politique et médiatique, la communauté internationale a assisté, impuissante, aux massacres massifs du Sud-Soudan - 2 millions de morts depuis 1983 - et du Rwanda - plus de 800 000 morts - d’avril à juin 1994. Aujourd’hui, la mobilisation internationale pour faire cesser le premier génocide du XXIème siècle est une priorité majeure.

Les éléments stratégiques du conflit
Après 20 ans de guerre civile, un accord de paix entre le nord et le sud du pays a été signé en janvier 2005, sans que cela n’ait changé la posture du gouvernement central de Khartoum à l’égard des populations de la périphérie du Soudan, et notamment les cultivateurs noirs du Darfour.

Dans un contexte de raréfaction des ressources alimentaires résultant d’une longue sécheresse et d’une forte croissance démographique, le régime soudanais s’est résolument engagé dans une politique d’éviction des populations "africaines" sédentaires au profit des nomades "arabes" réputés plus proches du pouvoir. La découverte récente de ressources minières et pétrolières au Darfour semble avoir renforcé cette politique. Le Soudan produit 500 000 barils/jour et représente près de 6% des importations chinoises de pétrole ; cette donnée explique à elle seule l’opposition de la Chine au sein du Conseil de sécurité à toute intervention.

Ainsi, pour se défendre contre le régime de Khartoum et lutter contre l’inégale répartition des richesses, des mouvements rebelles se sont constitués.

L’inaction de la communauté internationale s’est longtemps fondée sur les risques de déstabilisation régionale (fragilité du régime tchadien) et le souci du maintien de la fragile paix entre le nord et le sud du Soudan.

Un pouvoir dictatorial et illégitime
La proclamation, en 1983, de la Charia, loi islamique reléguant les non musulmans au rang de citoyens de seconde classe, fut la cause principale de la guerre entre le gouvernement de Khartoum et le sud peuplé majoritairement d’animistes et de chrétiens.

En 1989, alors que le gouvernement et le parlement démocratiquement élus s’apprêtaient à conclure la paix avec le sud Soudan et à supprimer la Charia, le parti islamiste , qui n’avait recueilli que 10 % des voix lors des premières élections libres, prend le pouvoir par la force. De surcroît, dès 1991, le régime de Khartoum théorise sa politique raciste en intégrant dans son Code pénal la notion d’infériorité des "africains noirs".

Depuis, c’est sans partage que le président, Omar el-Béchir exerce son pouvoir. Au Soudan, le multipartisme affiché a des limites. Si plusieurs partis politiques islamiques sont présents (Baas, Oumma, etc.) un seul exerce sa domination : le Congrès national. Aux législatives de 2000, il a ainsi remporté 355 sièges sur 360.

Les partis d’opposition sont interdits et seules les candidatures personnelles sont autorisées ; ainsi en 1996, lors des dernières élections présidentielles « fantoches », le président sortant fut le seul des 41 candidats en lice à pouvoir prétendre faire campagne et obtint 86,6% des suffrages.

Auprès de la majorité des soudanais, le régime de Khartoum dont terreur et brutalité sont le credo, est définitivement illégitime. Les enlèvements, la torture, et les meurtres, renforcent le climat de peur et d’insécurité. Face à cette dictature, il n’est plus concevable d’envisager une autre voie que sa mise à l’écart.