Des Tchadiens aux côtés des rebelles

Par Antonio Garcia

Rfi, 12 Octobre 2006

Des combats ont éclaté dans la nuit de samedi à dimanche entre l’armée régulière soudanaise et des éléments rebelles du MJE, mouvement justice et égalité, qui n’ont pas signé en mai les accords de paix d’Abuja. Selon des sources humanitaires, ces combats ont fait des dizaines de blessés, des deux côtés. La crise au Darfour, qui a fait déjà près de 200 000 victimes et plus de deux millions de déplacés risque de s’internationaliser.
Des combats entre les forces armées soudanaises et les rebelles ont été à nouveau signalés dans la province occidentale du Darfour, près de la frontière tchadienne. Ces incidents ont provoqué des dizaines de blessés, selon des employés des agences humanitaires. Ce conflit risque de s’internationaliser : des troupes tchadiennes auraient participé à ces confrontations en territoire soudanais, aux côtés des rebelles du Darfour. La communauté internationale a appelé à nouveau le gouvernement soudanais à accepter le déploiement de casques bleus au Darfour pour éviter les «nettoyages ethniques» et les catastrophes humanitaires, mais les autorités de Khartoum s’opposent toujours aux résolutions du Conseil de sécurité.

Les agences humanitaires signalent que les incidents armés se sont étendus à l’est du Tchad, suite à des combats à l’arme lourde opposant samedi l’armée soudanaise au Mouvement pour la justice et l’égalité, non loin de la localité de Kari Yari, à la frontière entre le Soudan et le Tchad. Les rebelles du MJE et les forces gouvernementales soudanaises s’accusent mutuellement de la responsabilité de ces attaques. Les responsables soudanais accusent même les forces tchadiennes de prêter main-forte aux rebelles.

Des sources citées par le département d'informations humanitaires des Nations Unies (IRIN), ont affirmé qu’un avion Antonov de l’armée soudanaise a largué samedi soir «cinq ou six bombes sur les positions du MJE», à proximité d’un autre camp de réfugiés, à côté de la frontière entre le Tchad et le Soudan. Certains rapports, cités également par IRIN, signalent que «les combats se sont étendus au Tchad voisin après que les soldats blessés ont commencé à se disperser. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont indiqué que 80 soldats s’étaient repliés sur le camp de réfugiés d’Ouré Cassoni. Dans l’est du Tchad, une dizaine de camps de réfugiés abritent quelque 250 000 soudanais qui ont fui le Darfour, une région où les rebelles se livrent à des pillages, des viols et des meurtres».

Les habitants du Darfour sont ainsi simultanément victimes des actions des forces gouvernementales soudanaises (appuyées par les milices arabes djandjawids) et à la merci des luttes à l’intérieur des mouvements rebelles de cette province. Plus de 220 000 réfugiés ont besoin d’aide alimentaire d’urgence, selon les délégués du Programme alimentaire mondial (PAM).

Khartoum pressé d’accepter les casques bleus

Le Conseil de sécurité de l’ONU avait décidé, le 31 août, l’envoi d’un force d’environ 17 000 Casques bleus et 3 000 policiers qui devaient prendre la relève des 7 200 hommes de la Mission de l’Union africaine (Amis), mal équipés et sous-financés. Denis Sassou N’Guesso, président en exercice de l’Union africaine (UE), a déclaré mercredi à Paris que la situation au Darfour est «préoccupante et catastrophique». Le chef d’Etat congolais s’est aussi prononcé en faveur du déploiement de la force de paix des Nations unies dans cette région où, selon le chef de l’Etat nigérian Olusegun Obasanjo, un génocide est en cours.

Lors du Conseil franco-allemand de défense, jeudi à Paris, la France et l’Allemagne ont aussi appelé «le gouvernement soudanais et les mouvements rebelles à suspendre sans délai leurs activités militaires». Le gouvernement de Khartoum a été invité à donner son accord au déploiement de la mission des Nations unies au Soudan. Mais les autorités soudanaises s’opposent toujours à la décision du Conseil de sécurité, craignant que la présence des casques bleus au Darfour ne soit qu’une tentative de recolonisation et de déstabilisation des institutions en place.