Le Darfour, un cauchemar sans fin

Bbc Afrique

Bbc Afrique, 23 Octobre 2006

Il y a plus de trois ans maintenant que l'opinion mondiale a pris connaissance du drame qui se déroule dans la province soudanaise du Darfour.
En été 2003, les téléspectateurs du monde entier, horrifiés, ont pu voir des scènes insoutenables.

Des villages incendiés, des populations terrorisées par les miliciens "Janjaouid" appuyés par les forces gouvernementales, plus de deux millions de personnes fuyant leurs domiciles...

Aujourd'hui, où en est-on? Qu'est-ce qui a changé? Rien, ou presque, selon Jonah Fisher, envoyé spécial de la BBC dans le nord du Darfour.

Les noms de certains groupes rebelles ont changé.

Mais pour le reste... les forces gouvernementales continuent de bombarder des villages de la province, pendant que les insurgés poursuivent leur lutte de guérilla.

Les milicens Janjaouid sont toujours là, eux aussi.

Autre changement: le gouvernement a un allié de plus.

La faction de l'ancien groupe rebelle de l'Armée de libération du sud-Soudan dirgée par Minni Minnawi est maintenant là pour lui prêter main forte.

L'accès à de vastes secteurs du Darfour est interdit aux organisations humanitaires ainsi qu'aux forces de maintien de la paix déployées par l'Union africaine.

En l'absence d'observateurs impartiaux, il n'y a personne pour donner des informations claires sur ce qui se passe.

Les blessés et les habitants qui fuient la région témoignent, pourtant, et leurs déclarations indiquent que le gouvernement a déclenché une offensive de grande envergure contre les factions rebelles qui ont refusé de signer les accords de paix de mai dernier.

Ces groupes ont formé une coalition, le Front de salut national. Et leurs forces ont remporté quelques succès militaires, prenant notamment la ville d'Oum Sidir.

Le gouvernment a riposté avec son aviation, bombardant quatre régions dans le nord du Darfour.

Devant cette escalade, l'accord de paix signé en mai dernier ressemble maintenant bien plus à une alliance militaire qu'à un règlement de paix global.

Pari perdu

La plupart des factions rebelles ont rejeté l'accord de paix de mai
La communauté internationale avait parié sur cet accord, signé par une seule faction rebelle (celle de Minnawi), et espérait voir les autres groupes céder aux pressions exercées sur eux et rejoindre le processus de paix.

C'est le contraire qui s'est produit.

La faction de Minnawi lutte maintenant aux côtés des forces gouvernementales contre les autres.

L'opinion au Darfour est de plus en plus hostile aux accords, et les chefs des groupes combattants semblent s'en distancer.

Le gouvernement prétend maintenant être seul (avec ses alliés de la faction de Minnawi) à respecter les accords, et à lutter pour la paix...

Devant ce chaos sanglant, on mise maintenant sur une force de l'ONU.

Le contingent de l'Union africaine, fort de 7000 hommes seulement, n'a pas les moyens nécessaires pour mettre fin aux combats.

On propose donc une force onusienne, trois fois plus nombreuse et bien mieux équipée.

Le conseil de sécurité de l'ONU, ainsi que l'UA, ont adopté des résolutions appelant à un processus de transition.

Intransigeance

Le président Omar al-Bashir reste intraitable
Mais le gouvernement de Khartoum, qui fait l'objet de pressions de plus en plus fortes de la communauté internationale, se montre d'une intransigeance quasi-totale.

Le président soudanais Omar al-Bashir, qualifie la mission de l'ONU de "recolonisation", et il a déjà offert de démissionner pour prendre personnellement la tête de la résistance armée.

Pour essayer de persuader Khartoum de changer d'avis, des menaces de sanction ont été brandies.

Mais avec des revenus pétroliers en hausse, l'économie soudanaise est en plein essor, et des mesures de ce genre n'auraient donc qu'un effet très limité.

Certes, des sanctions américaines ou européennes seraient gênantes.

Mais le Soudan garde de bons amis au Proche-Orient.

Et la majeure partie de son pétrole est achetée par la Chine, un pays qui n'est pas sans reproche pour ce qui est du respect des droits de l'homme...

Blocage

Les soldats de l'Union africaine n'ont pas
10 000 Casques bleus de l'ONU sont déjà déployés dans Sud du Soudan.

Pour de nombreux Soudanais, une transition de l'Union africaine vers une opération de l'ONU il y a quelques mois aurait pu passer presque inaperçue, ou en tout cas se dérouler sans trop de heurts.

Mais après six mois de déclarations du président Omar al-Bashir, les positions se sont durcies.

Le sujet déclenche maintenant des passions.

Et le rejet de l'ONU est devenu le thème principal de la politique étrangère et intérieure du gouvernement de Khartoum.

Ce dernier a tellement misé sur cette position que tout retour en arrière, toute concession éventuelle risquerait de menacer la survie du président et de son gouvernement.