Darfour: l'UE appelée à s'impliquer davantage

Agence France Presse

Agence France Presse, 17 Septembre 2006

Le premier ministre britannique et le président de la Commission ont appelé dimanche l'Union européenne à s'impliquer d'avantage au Darfour, à l'occasion d'une journée internationale de mobilisation pour l'envoi de casques bleus dans cette région de l'ouest du Soudan déchiré par la guerre civile.

Dans une lettre envoyée à ses 24 homologues européens, Tony Blair a appelé l'UE à jouer un «rôle central» dans le règlement de ce conflit, insistant sur la nécessité pour la communauté internationale de ne pas tourner le dos à cette «situation tragique».

Le président de la Commission européenne, Jose Manuel Durao Barroso, qui doit se rendre au Soudan «prochainement», a lui aussi appelé l'UE à «intensifier son engagement politique» pour éviter une crise humanitaire au Darfour et y soutenir le travail de l'Union africaine (UA).

Vendredi, le président américain George W. Bush s'était dit «déçu» par l'impuissance de l'ONU, dont il souhaite «une action plus vigoureuse» pour mettre fin à ce que l'administration US qualifie de «génocide».

Ces déclarations accentuent la pression sur Khartoum qui refuse l'intervention des casques bleus de l'ONU au Darfour, en proie depuis février 2003 à une guerre civile opposant des groupes rebelles au pouvoir central et aux milices arabes qui lui sont alliées.

Une trentaine d'organisations, dont Amnesty International (AI) et Human Rights Watch, avaient décrété dimanche «Journée internationale de mobilisation» pour le Darfour, où environ 300 000 sont mortes et plus de 2,5 millions ont été déplacées.

Des représentants des confessions chrétiennes, musulmanes et juives se sont ainsi réunis devant le 10 Downing Street à Londres, résidence de M. Blair, pour prier à la mémoire des victimes et appeler le monde à éviter la répétition du génocide rwandais.

Le Cardinal Cormac Murphy O'Connor, chef de l'Eglise catholique d'Angleterre et du Pays de Galles, a jugé la situation «catastrophique en termes de violence, de meurtres, de déplacements des populations».

Des prières écrites par l'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, chef de l'Eglise anglicane, le Prix Nobel de la Paix sud-africain Desmond Tutu, ancien archevêque du Cap, le Grand rabbin de Grande-Bretagne Jonathan Sacks et un membre du Conseil islamique de Grande-Bretagne, l'imam Ibrahim Mogra, ont été lues.

Tony Blair a promis: «le Soudan restera parmi mes priorités».

À New York, 30 000 personnes, selon les organisateurs, se sont rassemblées à Central Park, en présence notamment de l'ancienne secrétaire d'État Madeleine Albright.

À Montréal, quelque 300 personnes ont réclamé l'envoi immédiat de casques bleus au Darfour.

«La situation au Darfour nécessite l'intervention immédiate de l'ONU et de l'Union africaine», a estimé le sénateur canadien, Roméo Dallaire, ancien commandant des casques bleus au Rwanda lors du génocide de 1994.

En Espagne, une vingtaine de militants de la branche espagnole d'AI se sont rassemblés devant l'ambassade du Soudan à Madrid. Selon AI, des rassemblement similaires se sont tenus dans 25 villes espagnoles.

À Paris, le collectif Urgence Darfour a distribué des cartes postales appelant le président Jacques Chirac à «user de son influence auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour l'envoi effectif et immédiat de casques bleus au Darfour».

Une manifestation était prévue à Bruxelles, tandis qu'un concert était organisé en soirée à Dakar et qu'un rassemblement de plusieurs centaines de personnes était organisé au Caire sur le campus de l'université américaine.

Au Rwanda cependant, les autorités ont interdit un rassemblement organisé notamment à l'initiative d'une ONG britannique, afin d'éviter de mécontenter Khartoum, alors que près de 3.000 soldats rwandais participent à la force de l'UA postée dans ce pays.

Mais «vu notre histoire, nous partageons évidemment l'esprit» de cette journée de mobilisation, a affirmé sous couvert de l'anonymat un haut responsable à Kigali.

À Khartoum, des dizaines de Soudanais ont manifesté contre la mobilisation internationale, qualifiant cette journée pour le Darfour de «complot sioniste».