L'accord sur le Darfour est rejeté par deux factions rebelles

Redaction

Reuters, 05 Mai 2006

Malgré d'intenses pressions, deux factions rebelles de la région soudanaise du Darfour, une branche de l'Armée de libération du Soudan (ALS) et le Mouvement pour l'égalité et la justice (JEM), ont de nouveau refusé de signer le projet d'accord de paix dans sa forme actuelle.

La principale faction, une autre branche de l'ALS, a de son coté fait savoir qu'elle n'avait pas encore pris décision et qu'elle rencontrerait à nouveau les médiateurs à 8h00 GMT.

Le gouvernement de Khartoum a accepté le plan de paix sur la sécurité, le partage du pouvoir et la répartition des richesses mis au point par les médiateurs de l'Union africaine (UA), mais trois factions rebelles du Darfour en contestant une grande partie de ses dispositions.

Chefs d'Etat africains et diplomates occidentaux pressaient vendredi matin les rebelles du Darfour soudanais à accepter le projet, quelques heures après le dernier délai en date fixé à jeudi minuit (23h00 GMT).

L'ALS, la plus puissante, est contrôlée par Minni Arkoi Minnawi, tandis quel le JEM est la plus petite des trois factions rebelles participant aux discussions. Ahmed Tugod, principal négociateur du JEM, a expliqué que son mouvement réclamait des changements fondamentaux au projet d'accord dont l'UA a auparavant exclu toute renégociation. "Nous avons dit qu'à moins que des changements fondamentaux soient apportés à ce document, il est extrêmement difficile pour nous de le signer", a déclaré Tugod à Reuters, alors que les dirigeants du JEM venaient de communiquer aux diplomates et aux médiateurs de l'UA leur réaction au projet.

Tugod a expliqué que le JEM exigeait que l'accord de paix prévoit un gouvernement régional du Darfour, un poste de vice-président du Soudan, une meilleure représentation dans les institutions nationales, des indemnisations des victimes du conflit et l'allocation de 6,5% du produit national du Soudan à un fonds de développement du Darfour. "Nous voulons ces amendements, sinon nous ne pourrons pas signer", a-t-il souligné. Ses exigences sont connues depuis des mois et les médiateurs ont déjà fait savoir qu'elles ne pourraient pas être toutes satisfaites.

DATE BUTOIR REPOUSSÉE

L'UA avait repoussé deux fois de 48 heures la date butoir pour la conclusion d'un accord à Abuja (Nigeria) afin de laisser une chance à d'ultimes efforts diplomatiques à présent dirigés par le secrétaire d'Etat adjoint américain Robert Zoellick. Les rebelles ont pris les armes en 2003 au Darfour en accusant le gouvernement central à dominante arabo-musulmane de délaisser cette immense région aride et ethniquement mixte. Khartoum a mobilisé des milices arabes "djandjaouids" pour écraser l'insurrection. Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de réfugiés. Les Etats-Unis y ont dénoncé un "génocide".

L'équipe de Zoellick, en coordination avec le secrétaire britannique au Développement international Hilary Benn ainsi que des diplomates de l'UE et du Canada, faisait la navette entre le gouvernement, les rebelles et les médiateurs de l'UA. "C'est le moment de se décider. Nous ne rouvrons pas les discussions", a déclaré Noureddine Mezni, porte-parole de l'UA, en marge de réunions nocturnes dans la résidence présidentielle nigériane.

Olusegun Obasanjo, le président nigérian, et Denis Sassou Nguesso, son homologue de la République du Congo, - le président de l'UA et son prédécesseur - ont demandé aux rebelles d'écouter leurs réactions au projet d'accord de paix amendé.