Un accord de paix bancal pour le Darfour

Redaction

Reuters, 05 Mai 2006

Le gouvernement soudanais et une faction de l'Armée de libération du Soudan (ALS), le plus important mouvement rebelle, ont signé vendredi un accord de paix pour le Darfour dont la viabilité dépendra de l'adhésion de deux autres groupes rebelles encore réfractaires.

Au terme d'âpres négociations, Majzoub al Khalifa, chef de la délégation gouvernementale, et Minni Arkoi Minnawi, leader de l'ALS, ont paraphé le document lors d'une cérémonie organisée à Abuja en présence d'Olusegun Obasanjo, chef de l'Etat nigérian.

L'hôte des négociations a salué en Minnawi un commandant militaire doublé d'un dirigeant politique.

"L'autorité s'impose lorsqu'il s'agit de prendre des décisions difficiles", a insisté Obasanjo sous les applaudissements de l'assistance.

"Si le bon état d'esprit, la bonne attitude, n'avaient pas été au rendez-vous, ce document n'aurait pas la valeur du papier sur lequel il est rédigé. L'état d'esprit qui a conduit à sa signature doit guider sa mise en oeuvre", ajouté le président.

Les deux parties ont exprimé quelques réserves sur les termes de l'accord, qui met fin à trois ans de combats et de souffrances au Darfour, région aride de l'ouest du pays.

Selon un porte-parole de la faction de Minnawi, la principale objection porte sur l'insuffisante représentation du groupe au parlement. L'ALS comprend deux factions, mais selon des observateurs, Minnawi a le soutien d'un plus grand nombre de combattants du mouvement que son homologue Abdel Wahed Mohammed al-Nur.

La faction de Nur et un autre groupe rebelle, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), ont rejeté l'accord. Le texte approuvé par la faction de Minnawi est une version amendée du projet présenté par l'Union africaine (UA) à l'issue de deux années de négociations. Des diplomates occidentaux ont retouché le texte pour y rallier les rebelles.

EMBRASSADES ET APPLAUDISSEMENTS

Les dispositions au sujet de l'incorporation des combattants rebelles au sein des forces armées soudanaises sont renforcées et la nécessité pour le Soudan de désarmer les milices arabes "djandjaouids" est réaffirmée. La délégation gouvernementale avait déjà entériné le texte initial de l'UA.

Selon Sam Ibok, chef de l'équipe de médiateurs de l'UA, Khartoum se méfie toutefois de l'intégration des rebelles dans l'armée régulière. Des représentants du gouvernement ont jugé trop élevé le nombre de rebelles à incorporer.

Embrassades et applaudissements ont salué l'accord partiel conclu vendredi à Abuja, et tous semblaient soulagés à l'issue d'intenses tractations. Le négociateur en chef de l'UA, Salim Ahmed Salim, a reconnu qu'il aurait préféré voir toutes les factions rebelles signer l'accord, tout en évoquant un "grand jour pour la population du Darfour".

"Il faut être réaliste et l'accord entre le gouvernement et Minnawi, de l'ALS, est un développement majeur. S'ils collaborent, ils peuvent faire une contribution importante au rétablissement de la paix et de la normalité au Darfour", a déclaré Salim à Reuters.

Ibok a tenu à préciser que si les parties non signataires de l'accord faisaient quoi que ce soit pour entraver sa mise en œuvre, elles s'exposeraient à une "réaction forte de l'UA et du Conseil de sécurité de l'Onu".

Ahmed Tugod, principal négociateur du MJE, a expliqué que son mouvement souhaitait des changements fondamentaux dans les termes de l'accord. Il réclame la création d'un gouvernement régional du Darfour, un poste de vice-président du Soudan, une meilleure représentation dans les institutions nationales, des indemnisations des victimes du conflit et l'allocation de 6,5% du produit national brut à un fonds de développement du Darfour. Des négociateurs de l'UA ont indiqué qu'ils tenteraient de ramener Nur, de la faction encore réfractaire de l'ALS, à la table des discussions.

Les rebelles ont pris les armes en 2003 au Darfour en accusant le gouvernement central à dominante arabo-musulmane de délaisser cette immense région ethniquement mixte. Khartoum a mobilisé des milices arabes pour écraser l'insurrection. Le conflit a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de réfugiés. Les Etats-Unis y ont dénoncé un génocide.