Pressions anglo-américaines pour un accord de paix au Darfour

Redaction

Reuters, 02 Mai 2006

Etats-Unis et Grande-Bretagne ont "mis la main à la pâte" à Abuja pour aider les médiateurs de l'Union africaine à obtenir des parties au conflit du Darfour un accord de paix avant minuit, échéance fixée par l'UA. Le gouvernement soudanais a accepté le projet de règlement proposé par l'Union mais les deux principaux groupes rebelles de la province occidentale du Soudan refusent de signer ce document de 85 pages, se disant mécontents de ses volets sécurité, partage des richesses et partage du pouvoir.

Le secrétaire d'Etat adjoint américain Robert Zoellick et le secrétaire britannique au Développement international Hilary Benn sont arrivés ce mardi dans la capitale nigériane pour aider à l'accouchement de l'accord. "Malgré toutes ses insuffisances, ce processus a abouti à un projet d'accord qui est le meilleur que les mouvements (rebelles) pourront jamais obtenir", a souligné Alex de Waal, conseiller de l'Union africaine. "Ils doivent faire une croix sur les critiques des nombreuses injustices qu'eux-mêmes et leurs populations ont subies pour se tourner vers l'avenir meilleur qui s'entrouvrirait sur la base de ce projet", a-t-il ajouté.

Les pourparlers d'Abuja traînent en longueur depuis deux ans et, faute d'un accord maintenant, les médiateurs estiment que le conflit du Darfour va déboucher sur plus encore de souffrances et de sang versé. L'échec des pourparlers se traduirait en outre par un affaiblissement de la capacité de médiation de l'Union africaine, dont les deux principaux dirigeants sont attendus mercredi à Abuja.

L'arrivée du chef de l'Etat congolais Denis Sassou-Nguesso, président en exercice de l'UA, et de l'ancien chef de l'Etat malien Alpha Oumar Konaré, chef de la commission exécutive de l'Union, pourrait préluder à un nouveau report de la date butoir pour signer l'accord, estime-t-on de source diplomatique.

LES USA ŒUVRENT A UN COMPROMIS

Les rebelles du Darfour ont pris les armes début 2003 pour dénoncer les discriminations dont leurs communautés africaines se plaignaient d'être victimes de la part du gouvernement arabe de Khartoum. Les autorités soudanaises ont fait appel à des milices tribales arabes, les Djandjaouids, pour réprimer dans le sang la rébellion au prix de ce que les Etats-Unis dénoncent aujourd'hui comme un "génocide" qui a fait des dizaines de milliers de morts.

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a réclamé lundi l'envoi de casques bleus de l'Onu pour épauler les 7.000 membres de la force de maintien de la paix de l'UA, mais le gouvernement soudanais a déclaré qu'il s'y opposerait. Zoellick et les autres diplomates américaines tentaient mardi d'arracher un compromis de dernière minute sur certains aspects du volet sécuritaire du projet d'accord qui posent problème. Ils suggèrent ainsi que les clauses imposant à Khartoum de désarmer les djandjaouids avant que les rebelles ne déposent les armes soient amendées dans un sens plus favorable au gouvernement.

En contrepartie, Khartoum accepterait un plan détaillé d'intégration d'un nombre précis de rebelles dans les forces de sécurité nationales, une des revendications principales de ces derniers.

Un porte-parole de la délégation gouvernementale, Amin Hassan Omar, a déclaré que celle-ci étudiait la proposition et a estimé un accord possible. Mais rien n'indiquait dans l'immédiat que les rebelles, divisés en deux mouvements et trois factions, y étaient prêts.