Salva Kiir a repris le flambeau de Garang comme numéro 2 du Soudan

Afp

Afp, 11 Août 2005

Moins de deux semaines après la mort du charismatique John Garang, le nouveau chef sudiste Salva Kiir est devenu le numéro deux du Soudan, s'engageant à mettre en oeuvre la paix entre le Nord et le Sud.

M. Kiir, 54 ans, a prêté serment à Khartoum comme Premier vice-président du Soudan, devenant le second dignitaire du pays après le président Omar al-Béchir, conformément aux accords de paix signés le 9 janvier dernier à Nairobi.

"Le mieux que nous pouvons faire pour honorer la mémoire de John Garang est de suivre sa voie" vers la paix et la réconciliation, a-t-il déclaré après sa prestation de serment.

Mais, a-t-il averti, l'accord de paix qui a mis fin à 21 ans de guerre civile, avec son lourd bilan de 1,5 million de morts et 4 millions de déplacés et réfugiés, "n'est pas un lit de roses et même dans un lit de roses, il y des épines".

M. Kiir s'est solennellement engagé à "préserver l'unité et la souveraineté du Soudan dans son système décentralisé". Son discours a été salué par des applaudissements, des serrements de main, des chants et des danses.

Lui répondant, le président Béchir a souligné que l'accord de paix "ne serait pas affecté par la mort ou la vie de quiconque". Citant John Garang, il a estimé que cet accord "appartenait au peuple" et qu'il "avait commencé à devenir une réalité".

"Nous allons travailler ensemble, main dans la main pour établir la confiance et renforcer la cohésion", a encore dit le général Béchir, exhortant toutes les forces politiques soudanaises à joindre leurs efforts à ceux du gouvernement.

"Nous attendons une contribution effective de toutes les forces politiques du pays durant cette phase importante de son histoire", a t-il dit.

Salva Kiir, général à la tête de la branche armée du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), était revenu la veille dans la capitale soudanaise, après 22 ans d'absence.

Il succède à John Garang, décédé le 30 juillet dans un accident d'hélicoptère, trois semaines après avoir prêté serment au poste de premier vice-président.

Le discours de Kiir a été favorablement accueilli par des dirigeants de partis politiques.

"Ce n'était pas un discours habituel. Il a présenté les grandes lignes d'un programme d'action nationale", a commenté à l'AFP, Farouk Abou Issa, un porte-parole de l'Alliance nationale démocratique (AND), qui regroupe une douzaine de forces politiques d'opposition.

Béchir Adam Rahma, un dirigeant du Congrès Populaire (CP) du chef islamiste Hassan al-Tourabi, s'est félicité de l'attachement de Kiir à un gouvernement provisoire englobant tous les partis politiques.

Il a en outre appelé "tous les Soudanais à s'engager dans un processus de réconciliation nationale".

Pour Salva Kiir, la paix entre le Nord, arabe et musulman, et le Sud, chrétien et animiste, doit être suivie "d'une rapide solution" pour en finir avec les autres conflits déchirant ce pays multiethnique.

Il a explicitement cité la crise du Darfour à l'ouest et la recrudescence d'une rébellion à l'est.

Le Darfour est en proie depuis février 2003 à une guerre civile entre groupes rebelles et armée gouvernementale, appuyée par des milices arabes, qui a fait des centaines de milliers de morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés. Le cessez-le-feu conclu en avril 2004 n'a jamais été respecté.

Le président Béchir a réaffirmé son engagement en faveur d'un règlement de la crise du Darfour "dans les plus brefs délais", afin que les réfugiés puissent revenir chez eux. "Aucun coupable n'échappera à la punition", a-t-il assuré.

M. Kiir a aussi appelé la presse à ne pas répandre de rumeurs dommageables au processus de paix, se référant aux violences interethniques qui ont fait 130 morts après l'annonce de la mort de Garang, les Sudistes refusant de croire à la thèse de l'accident de son hélicoptère, bien que le SPLM et Khartoum aient exclu l'attentat.

Une commission d'enquête a été chargée de faire la lumière sur les circonstances du décès de Garang.