Le sud du Soudan a inhumé son chef historique John Garang

Afp

Afp, 06 Août 2005

Le sud du Soudan à inhumé samedi son chef historique John Garang, tué il y a une semaine dans un accident d'hélicoptère.

La cérémonie, à laquelle ont participé des milliers de partisans du défunt s'est déroulée par une forte chaleur, en présence de plusieurs dignitaires soudanais et étrangers, et sous d'imposantes mesures de sécurité.

Garang a été inhumé peu avant 18h00 (15h00 GMT) à Juba, la capitale historique du sud du Soudan.

"Tu es parti, en nous laissant. Ta vision, tes idées resteront pour toujours", a déclaré un pasteur anglican avant que le caveau ne soit scellé.

L'ex-chef rebelle sudiste devenu Premier vice-président de son pays repose dans une ébauche de mausolée au sommet d'une colline, à quelques mètres du Parlement de l'Etat sudiste de Bahr el-Djebel, et à environ cinq kilomètres du centre de la ville et de la cathédrale de Tous-les-Saints, où un office funèbre a été concélébré par l'archevêque catholique du Soudan, Mgr Paulino Lukubu, et l'archevêque anglican de Juba, Mgr Joseph Bingi Marola.

Le petit édifice qui accueille la tombe de Garang était surmonté de deux drapeaux tendus à la verticale, celui du Soudan et celui du "Nouveau Soudan", le nom donné au sud du Soudan qui doit être autonome pendant six ans avant un référendum d'autodétermination, conformément à l'accord de paix signé en janvier entre Khartoum et le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), que dirigeait Garang.

Mort à 60 ans, Garang, leader du sud chrétien et animiste, s'est transformé en homme de paix en signant le 9 janvier à Nairobi cet accord qui a mis fin au plus long conflit africain et aux termes duquel il avait été nommé premier vice-président le 9 juillet.

Il a été tué le 30 juillet avec 13 autres personnes dans la chute d'un hélicoptère ougandais qui le ramenait chez lui. Selon la version officielle, l'appareil s'est écrasé dans les montagnes du sud du Soudan en raison du mauvais temps. Mais le président ougandais Yoweri Museveni a déclaré vendredi que le crash n'était "peut-être pas un accident", relançant les soupçons et les accusations de Sudistes qui crient à "l'attentat".

Les funérailles ont été suivies par le président soudanais Omar al-Béchir et plusieurs dirigeants africains, dont le président sud-africain Thabo Mbeki, le président kényan Mwai Kibaki et le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, ainsi que par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa et le chef des services de renseignements égyptiens Omar Souleïmane.

Un lourd dispositif de sécurité de l'armée soudanaise a été déployé à Juba, ville que la rébellion n'avait jamais pu prendre en près de 22 ans de guerre civile et dont Garang avait décidé de faire la capitale du sud du Soudan pour la période d'autonomie.

Le général Béchir s'est engagé à appliquer "à la lettre" l'accord de paix de Nairobi. Pendant son discours, il a pris la main du successeur de Garang, le général Salva Kiir et a levé son bras en signe d'unité.

"Nous disons à notre frère Salva Kiir que nous resterons main dans la main pour appliquer l'accord de paix à la lettre, et que toute l'assistance nous en soit témoin", a-t-il dit.

"Nous serons forts et unis", a-t-il ajouté, en s'engageant à publier de manière transparente les résultats de l'enquête sur les circonstances de l'accident d'hélicoptère qui a coûté la vie à Garang.

M. Kiir, qui a succédé à Garang à la tête du SPLM a été nommé jeudi premier vice-président du Soudan.

"Mon mari ne me manquera pas aussi longtemps que le peuple du Soudan sera le garant de l'accord de paix", a déclaré pendant la cérémonie la veuve de Garang, Rebecca.

"Mais si l'accord n'est pas respecté, alors je commencerai à pleurer et à porter le deuil de mon mari", a-t-elle ajouté, "les dirigeants viennent et s'en vont, mais ce qu'ils laissent derrière eux est très important. Je veux que l'accord de paix soit mis en oeuvre tel qu'il est, sans aucun changement."