L'ex-chef rebelle soudanais John Garang est mort

Redaction

Reuters, 01 Août 2005

Le premier vice-président soudanais et ancien chef rebelle John Garang est mort dans la chute de son hélicoptère dans le sud du Soudan.

Son décès a été confirmé lundi par la présidence soudanaise et par le Mouvement de libération des peuples du Soudan (MLPS), qui ont tous deux souligné leur attachement au processus de paix.

"Le Soudan a perdu son fils bien-aimé, le Dr John Garang", a déclaré Salva Kiir Mayardit, numéro deux du MLPS, lors d'une conférence de presse à Nairobi, au cours de laquelle certains dirigeants du mouvement ont éclaté en sanglots.

"Nous, au sein de l'ALPS et du MLPS, allons poursuivre sa vision pour un Soudan pacifié", a-t-il ajouté, en se référant à l'Armée de libération des peuples du Soudan, bras armé du MLPS.

Dans un communiqué cité par la télévision publique soudanaise, la présidence précise que Garang, six de ses collaborateurs et les sept membres d'équipage sont décédés dans le chute de l'hélicoptère.

L'ex-chef rebelle avait signé en janvier un accord de paix avec le gouvernement de Khartoum, mettant fin à ce qui était alors la plus ancienne guerre civile en cours sur le continent africain, déclenchée en 1983.

Il était ensuite devenu vice-président le 9 juillet aux termes de cet accord de paix.

"LA MARCHE VERS LA PAIX VA SE POURSUIVRE"

"La marche vers la paix va se poursuivre pour atteindre cet objectif et sa mort va nous rendre encore plus forts et plus déterminés pour mener à son terme cette marche qu'il avait entreprise avec ses compagnons", déclare la présidence dans son communiqué.

Garang avait quitté l'Ouganda samedi soir après un entretien avec le président ougandais Yoweri Museveni. Les autorités ougandaises avaient fait savoir dimanche qu'elles avaient perdu contact avec l'appareil.

Selon des sources concordantes en Ouganda et au Soudan, l'hélicoptère semble avoir été pris par le mauvais temps. D'autres évoquent cependant une panne de carburant.

La carcasse de l'appareil a été retrouvée par des habitants dans les montagnes du sud du Soudan, près de la frontière avec l'Ouganda, a-t-on déclaré de source diplomatique.

Outre son accession à la vice-présidence, Garang avait approuvé début juillet une nouvelle Constitution intérimaire avec son vieil ennemi, le président Omar Hassan al Bachir.

Les deux hommes devaient former un nouveau gouvernement le 9 août et certains espéraient que l'arrivée de Garang dans les cercles du pouvoir à Khartoum permettrait d'envisager la paix au Darfour, région de l'ouest du pays elle-même en proie à une guerre civile et à une catastrophe humanitaire depuis février 2003.

CRAINTES D'IMPLOSION DU MLPS

"Ma présence ici à Khartoum aujourd'hui est le vrai signe que la guerre est terminée", avait-il déclaré lors de sa prestation de serment.

Accueilli par plus d'un million de personnes, Garang avait effectué la veille un retour triomphal dans la capitale soudanaise, quittée plus de 20 ans auparavant pour déclencher une rébellion dans le Sud.

Les dirigeants du MLPS ont immédiatement lancé des appels au calme et à l'unité de leur mouvement.

Avec la mort de son chef historique, certains observateurs craignent une implosion du MLPS, tiraillé par des luttes intestines, et une remise en cause du processus de paix.

"Ce qui va se passer maintenant est très très intéressant. Dans le pire des scénarios, il va y avoir une guerre sud-sud. Dans le meilleur des cas, nous allons assister à un remaniement démocratique du MLPS, que beaucoup de personnes considèrent actuellement comme une dictature", a résumé un observateur avisé des affaires soudanaises, lié au MLPS.

"Garang était un politicien bien plus habile que la plupart de ses compagnons au sein du MLPS", a ajouté cet observateur.

La guerre civile dans le sud du Soudan a éclaté en 1983 lorsque le gouvernement de Khartoum a tenté d'imposer la loi islamique, ou charia, dans cette région majoritairement chrétienne et animiste. Le conflit a fait deux millions de morts, pour la plupart tués par la faim et les maladies.

Les ressources pétrolières du sud du Soudan ont contribué à alimenter le conflit.