Des organisations d'aide humanitaire vont rencontrer le Procureur des crimes de guerre du Darfour

Par Carol Giacomo

Reuters, 17 Juin 2005

Les principales organisations d’aide humanitaire vont rencontrer vendredi le Procureur international instruisant les crimes de guerre du Darfour, une réunion qui entraîne des problèmes concernant la sécurité du personnel international de l'aide humanitaire, ainsi que celle des villageois dans cette région troublée du Soudan.

L'ordre du jour de la réunion, convoquée par la Fondation John D. et Catherine T. MacArthur à New York, suggère qu'il peut y avoir des « occasions… pour la coopération » entre les organisations d’aide et le Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo. Mais cela a soulevé des questions : les ONG ne risquent-elles pas de compromettre leur réputation de neutralité, qui a été centrale pour leur capacité à travailler efficacement dans les zones de conflit ?

« Personne ne veut faire quoi que ce soit qui compromette la sécurité des employés sur le terrain ou leur capacité à faire leur travail, » a déclaré Kenneth Bacon, Président de Refugees International, à Reuters. Il a indiqué que les groupes d'aide « ont des inquiétudes légitimes sur la sécurité concernant tout ce qui pourrait empirer la situation d’insécurité (du Darfour) et potentiellement la CPI pourrait le faire. Mais il y a un ensemble de circonstances qui pourrait ne pas l’envenimer… cette réunion représente le commencement d'un dialogue. »

« Recueillir des informations pour mener des investigations sur les crimes de guerre ne fait pas partie de notre mission, » a indiqué Nancy Aossey, cadre dirigeant d’International Medical Corps, organisation basée en Californie, dans un rapport écrit. Relevant que la « sécurité pour notre personnel et nos bénéficiaires dépend totalement de la façon dont nous sommes perçus dans le secteur, » elle a déclaré qu'elle serait néanmoins présente, « pour partager nos problèmes concernant l'impact possible que des recherches sur les crimes de guerre pourraient avoir sur la sécurité de notre personnel et du peuple que nous essayons d'aider. »

Plus de 2 millions de personnes se sont enfuies de leurs domiciles et des milliers d’autres ont été tuées tous les mois dans les combats du Darfour. La région soudanaise représente un test de l'efficacité de la CPI, établie pour juger les personnes accusées du génocide, de crimes de guerre et de violations de masse des Droits de l'Homme.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a chargé l'année dernière sa propre Commission d’étudier les massacres, les viols et les pillages suspectés au Darfour, et le Secrétaire Général Kofi Annan a remis les noms de 51 suspects à la CPI.

Le Soudan a indiqué qu'il refuserait de remettre ses citoyens pour être jugés à l'étranger et poursuivrait lui-même les criminels suspectés.

Il y a deux semaines, le Soudan a détenu deux employés de l’organisation d’aide humanitaire Médecins sans Frontières, sous l’accusation d'avoir émis de faux rapports après avoir publié leur étude : « Le fardeau écrasant du viol : les violences sexuelles au Darfour. »

Les organisateurs de la Fondation MacArthur ont reconnu le caractère confidentiel de la réunion de vendredi et ont recommandé aux participants d’en maintenir la confidentialité. Un porte-parole de la Fondation, source importante pour les organisations de charité, ne pouvait pas être atteint pour un commentaire.

Les autres organisations invitées incluent CARE USA, Save the Children, World Vision, International Rescue Committee, Oxfam America, Christian Aid, le Comité International de la Croix Rouge, Concern Worldwide USA, International Rescue Committee et Catholic Relief Services.