Gouvernement et rebelles signent

Ap

Ap, 09 Janvier 2005

NAIROBI (Reuters) - Le gouvernement soudanais et les rebelles du sud du pays ont signé dimanche un accord de paix mettant fin à la plus ancienne guerre civile sur le continent africain.

Réunis à Nairobi en présence de 12 chefs d'État et de gouvernement africains ainsi que du secrétaire d'Etat américain Colin Powell, le premier vice-président Ali Osman Mohamed Taha et John Garang, chef du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), ont paraphé les huit protocoles conclus successivement par leurs adjoints au cours de deux années de négociations. L'ensemble de ces protocoles forment un accord de paix global prévoyant notamment un cessez-le-feu permanent.

Cet accord, qui met un terme à 21 années de guerre civile ayant fait deux millions de morts dans le Sud-Soudan, ne couvre pas l'autre conflit en cours dans l'ouest du pays, au Darfour, mais laisse espérer à la communauté internationale un apaisement progressif de la situation dans l'ensemble du pays.

"Ce qui a été dépensé pour les combats sera maintenant dépensé pour la santé, l'éducation et autres services", s'est réjoui le président Omar Hassan al Bashir.

"Il n'y aura plus de bombes qui tomberont du ciel sur des femmes et des enfants innocents. Au lieu des cris des enfants et des plaintes des femmes, la paix va nous bénir une nouvelle fois", a déclaré pour sa part John Garang.

La cérémonie de signature a été suivie par de nombreux exilés et réfugiés soudanais qui ont fêté l'événement en suivant des spectacles de danses traditionnelles.

L'accord devrait permettre le retour d'un demi-million de Soudanais ayant fui dans des pays voisins et la réinstallation progressive de quelque quatre millions de personnes déplacées à l'intérieur même du pays.

Les rebelles du MPLS ont pris les armes en 1983 pour lutter contre la volonté du gouvernement de Khartoum d'imposer la loi islamique (charia) dans le sud du pays majoritairement chrétien et animiste. A cette dimension religieuse se sont ajoutés des intérêts économiques liés aux ressources pétrolières du Sud.

RÉFÉRENDUM D'AUTODÉTERMINATION

Aux termes de cet accord, le Congrès national, formation au pouvoir, et le MPLS vont former un gouvernement intérimaire et une nouvelle armée unifiée. Ils vont aussi procéder à la décentralisation des pouvoirs et au partage des richesses pétrolières.

L'accord prévoit également l'organisation d'un référendum d'autodétermination dans le Sud après une période transition de six ans.

Powell a toutefois clairement fait savoir au gouvernement que les États-Unis n'amélioreraient leurs relations avec le Soudan qu'une fois résolu le conflit au Darfour.

"Cette relation positive ne sera possible que dans le contexte d'un pays entièrement pacifié", a souligné le secrétaire d'État.

Il a aussi exhorté gouvernement et MPLS à respecter leur accord de paix.

Les États-Unis ont placé le Soudan sur leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme international et maintiennent des sanctions économiques à son encontre.

Le Conseil de sécurité de l'Onu a pour sa part adopté à l'unanimité en novembre une résolution promettant un soutien politique et économique à Khartoum une fois résolus les deux conflits dans le sud et l'ouest du pays.

Pour le gouvernement soudanais, l'accord de paix avec le MPLS va permettre des progrès au Darfour.

"Aujourd'hui est un grand jour pour nous. Nous (dans le Nord) avons également souffert (...) Si on a réussi à mettre fin à cette (guerre) alors celle au Darfour se terminera également", s'est réjoui Awadia al Khatieeb, un responsable gouvernemental présent à Nairobi.

A Tripoli, Abdel Wahed Mohamed al Nur, président du Mouvement de libération du Soudan, l'un des mouvements rebelles du Darfour, a déclaré à Reuters que la paix devait être faite dans tout le pays et pas seulement dans le sud.

"Il n'y aura de paix permanente que si le gouvernement résout le problème du Darfour immédiatement", a-t-il expliqué.

A Khartoum, environ 300 habitants originaires du Sud ont suivi la signature de l'accord de paix sur un écran géant installé par des partisans du MPLS sur l'une des principales artères de la capitale soudanaise. D'autres préparaient des manifestations de rues tandis que certains accrochaient des drapeaux du MPLS aux bâtiments et aux lampadaires de Khartoum.

Le Programme alimentaire mondial de l'Onu (Pam) a par ailleurs demandé aux donateurs une contribution de 302 millions de dollars pour venir en aide aux victimes du conflit.

"Sur les 12 prochains mois, nous aurons besoin de quelque 268.000 tonnes de nourriture pour aider les personnes touchés par la guerre et la disette, particulièrement dans le Sud-Soudan", a fait savoir le Pam dans un communiqué.