La paix signée au Sud-Soudan

Ap

Ap, 09 Janvier 2005

NAIROBI (AP) - La plus longue guerre d'Afrique a officiellement pris fin. Sous l'oeil de la communauté internationale et au cours d'une cérémonie ponctuée de chants et de danses, le vice-président soudanais et le chef historique de la rébellion sudiste ont signé dimanche un accord de paix global visant à mettre un point final à ce conflit qui aura coûté la vie à plus de deux millions de personnes au Sud-Soudan depuis 1983.

L'accord de Naivasha a été paraphé au Kenya voisin, hôte des pourparlers de paix, par Ali Osman Mohammed Taha et John Garang, président de l'APLS (Armée populaire de libération du Soudan), avec comme témoins les présidents kenyan Mwai Kibaki et ougandais Yoweri Museveni.

Plusieurs représentants de la communauté internationale étaient présents, dont le secrétaire d'État américain Colin Powell, son homologue italien Gianfranco Fini et la ministre norvégienne Du développement international Hilde Johnson, également signataires au nom des donateurs ayant soutenu les pourparlers de paix.

Neuf autres dirigeants africains avaient fait le déplacement pour parrainer cet accord, dont le chef de l'Etat soudanais Omar el-Béchir et son homologue nigérian Olusegun Obasanjo, actuel président de l'Union africaine, ainsi que le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa. La France était représentée par Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères.

"Notre peuple a connu l'amertume de la guerre (...) La paix va apporter l'abondance à notre pays", a lancé le président soudanais, estimant que cet accord de paix était en fait "un nouveau contrat pour tous les Soudanais". Avant de promettre des pourparlers rapides pour tenter de mettre fin à l'autre guerre soudanaise, celle du Darfour (ouest).

Cet accord "tournera une page sombre dans l'histoire soudanaise. C'est un jour plein d'espoir pour les peuples du Soudan, mais uniquement si les promesses d'aujourd'hui sont tenues", a commenté Colin Powell.

Les pourparlers, entamés en 1987 au Kenya, sont passés à la vitesse supérieure ces deux dernières années, les adversaires signant une série de protocoles sur le partage du pouvoir et des richesses naturelles, l'administration de trois régions disputées (les monts Nuba, la province du Nil Bleu et la région d'Abyei au Sud Kordofan, attribuées au nord par l'accord de paix de 1972, mais réclamées par le sud), le désarmement et la mise en place d'un processus de transition de six ans, à l'issue duquel les sudistes seront appelés par référendum à se prononcer pour ou contre la sécession.

Le Parlement de Khartoum et le Parlement sudiste doivent désormais ratifier l'accord d'ici deux semaines, puis s'attaquer à la rédaction d'une Constitution intérimaire, a priori sous trois mois, notamment en révisant les modalités d'application de la charia (loi islamique), qui ne pourra plus s'appliquer dans le sud, ni aux non-musulmans dans le nord. Alors pourra être mis sur pied un gouvernement de transition dont John Garang serait premier vice-président.

L'ONU va s'impliquer également: le Conseil de sécurité doit voter l'organisation d'une mission chargée de superviser le cessez-le-feu et d'assister au redéploiement des forces militaires dans les zones qui leur sont attribuées.

Beaucoup reste à faire pour garantir que l'accord de Naivasha soit effectivement appliqué: milices sudistes et groupes d'opposition du nord doivent notamment être convaincues de ratifier à leur tour.

La guerre a vu s'affronter le régime militaro-islamiste de Khartoum issu du nord à majorité musulmane et le Sud, plus africain qu'arabe, principalement chrétien et surtout animiste, laissé pour compte par le pouvoir. Les combats avaient commencé dans les années 50, le Sud réclamant plus d'autonomie.

Une première paix est signée en 1973, attribuant une semi-autonomie au Sud. Mais elle sera dénoncée par Khartoum après la découverte au Sud d'une manne pétrolière que le régime ne comptait pas laisser échapper.

D'où reprise de la guerre en 1983. Depuis, entre famine et maladies, le conflit a fait deux millions de morts, quatre millions de déplacés et transformé le Sud en l'une des régions les plus minées de la planète, manquant cruellement des infrastructures de base.

A Juba, bastion gouvernemental dans le sud et région d'origine de Garang, les gens n'osent encore croire à la paix, échaudés par nombre de cessez-le-feu violés en plus de 20 ans, explique le père Santo Loku Pio, du diocèse de Juba. Ils y croiront peut-être une fois que Garang sera venu en personne... Mais pour l'instant, c'est Omar el-Béchir qui y est attendu, dès lundi, pour le début d'une tournée "de la victoire" dans le sud. AP