L'accord pour la paix au Sud-Soudan :

Ap

Ap, 08 Janvier 2005

NAIROBI (AP) - Le Soudan clôt officiellement dimanche une guerre civile vieille de 21 ans, l'une des plus longues d'Afrique, avec la cérémonie de signature de l'accord de paix de Naivasha au Kenya. Au soulagement et à la joie répondent l'espoir que cette paix ait valeur d'entraînement pour régler également la situation au Darfour, dans l'ouest soudanais, où un sanglant conflit depuis 2003 a entraîné une crise humanitaire massive.

Dans la foulée de l'euphorie du règlement avec le Sud, le président soudanais Omar el-Béchir a en effet déclaré qu'il envisageait désormais un accord de partage du pouvoir et des richesses avec les rebelles du Darfour. Sur le modèle de celui passé avec les sudistes de l'APLS (Armée populaire de libération du Soudan), toujours dirigée par le chef historique de la rébellion sudiste, John Garang.

Car l'accord de Naivasha "tourne la page d'une guerre, mais d'autres continuent. Ceci nous donne une base pour redoubler nos efforts au Darfour", a déclaré samedi le chef de la diplomatie américaine Colin Powell, au cours d'une conférence de presse aux côtés de John Garang et du vice-président soudanais Ali Osman Mohammed Taha.

Et ce à l'heure où le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan vient de mettre en garde, dans un rapport publié vendredi, contre la détérioration de la situation, l'absence totale de sécurité, les humanitaires pris pour cible et l'extension du conflit au Kordofan voisin.

Dimanche, la communauté internationale se retrouve donc à Nairobi autour du berceau de cette première paix soudanaise. Le 31 décembre, Khartoum et les rebelles sudistes avaient bouclé deux années de négociations.

Celles-ci auront permis d'établir une trêve permanente, des accords de partage des richesses, notamment pétrolières, le désarmement des milices alliées des deux camps, un gouvernement autonome pour le sud qui financera sa propre armée et l'organisation de l'administration de trois régions disputées du centre. Les forces rebelles doivent notamment quitter les secteurs des monts Nuba, d'Abyei et de la province du Nil Bleu oriental, que Khartoum dit faire partie du nord.

L'accord prévoit une période de transition de six ans, qui débutera par la rédaction d'une nouvelle Constitution n'imposant pas la charia (loi islamique) aux non-musulmans, ouvrant la voie à la constitution d'un gouvernement d'union nationale dans lequel John Garang serait le premier vice-président. A l'issue de cette transition, les sudistes seront appelés à choisir par référendum s'ils veulent rester soudanais ou devenir indépendants.

Le Darfour, où un cessez-le-feu signé en novembre a été maintes fois violé et où ont émergé deux nouveaux mouvements rebelles, reste en tête des priorités gouvernementales. "Il y a un état d'esprit différent, je crois que cela va aider", a estimé le vice-ministre de l'Information Abdel Dafe Khattib. Khartoum "tente de réparer les relations avec toutes les parties, à l'intérieur et à l'extérieur, que ce soit avec les Américains, les Européens ou nos voisins".

Car le régime militaro-islamiste, désireux d'abandonner son statut de paria de la communauté internationale, a cédé aux pressions occidentales pour faire la paix avec le Sud.

Et le Darfour semble plus important pour Khartoum, selon les observateurs, car sa population est musulmane en majorité, comme au nord, et la plupart des soldats de l'armée en sont originaires.

En février 2003, des rebelles non-arabes ont pris les armes, dénonçant la discrimination contre les Soudanais d'origine africaine. Khartoum a répondu en armant les milices arabes janjawid, accusées d'exactions contre les civils. Depuis mars dernier, entre maladies et massacres, la guerre a fait au moins 70.000 morts, un nombre inconnu de victimes des combats et deux millions de déplacés.

Il y a certes des parallèles avec la guerre sudiste, dans laquelle l'insurrection, majoritairement chrétienne et animiste, réclamait depuis 20 ans une plus grande autonomie et une plus grande part des immenses richesses du sud. Une interminable guerre qui aura fait plus de 2,5 millions de morts et jeté plus de quatre millions de personnes sur les routes.

Autre point positif, M. Garang a affirmé samedi qu'il n'était pas question pour lui d'envoyer désormais ses hommes combattre au Darfour: "nous voulons un règlement politique équitable et juste". Il compte se faire inviter aux pourparlers d'Abuja (Nigeria) consacrés au Darfour: tous les responsables lient désormais les deux paix et tablent sur l'effet de contagion, Garang estimant que le Soudan restera en guerre tant que le conflit du Darfour ne sera pas réglé.