Accord de paix entre la guérilla du Sud-Soudan

Reuters

Reuters, 31 Décembre 2004

NAIVASHA, Kenya (Reuters) - Le gouvernement soudanais et les rebelles du sud du pays ont signé vendredi les deux derniers protocoles permettant la conclusion d'un accord de paix définitif avant la fin de l'année, comme ils s'y étaient engagés.

"La guerre dans le Sud est terminée", a déclaré le président soudanais Omar Hassan al Bachir lors d'une cérémonie à Naivasha, au Kenya, à laquelle assistait également le président sud-africain Thabo Mbeki arrivé dans l'après-midi dans cette ville du Kenya où se sont déroulées les négociations de paix.

"Notre joie ne sera complète que lorsque nous aurons résolu le problème du Darfour", a-t-il ajouté en faisant allusion à l'autre guerre civile, qui ensanglante le Soudan depuis février 2003.

Les médiateurs ont fait savoir que la date de la cérémonie de signature officielle de l'accord a été fixée a priori au 9 janvier. Les deux principaux négociateurs - le leader du Mouvement populaire de libération du Soudan, John Garang, et le premier vice-président soudanais Ali Osman Mohamed Taha - devraient alors signer à Nairobi les huit protocoles qui composent l'accord de paix.

A New York, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a promis que son pays aiderait le gouvernement soudandais et les rebelles à appliquer l'accord de paix.

"Nous sommes fermement déterminés à normaliser nos relations avec le nouveau gouvernement qui sera issu de l'accord Nord-Sud et à aider à la reconstruction et au développement, mais cela ne peut se faire qu'avec un Soudan en paix, avec l'application du processus de paix dans l'ensemble du pays", a dit Powell dans une déclaration publiée au siège de l'Onu, où il était venu s'entretenir avec le secrétaire général, Kofi Annan, de l'aide à apporter aux victimes du tsunami en Asie.

Dans la capitale soudanaise Khartoum, des habitants originaires du Sud-Soudan sont descendus faire la fête dans les rues, où un écran avait été installé pour retransmettre en direct les images de signature des deux protocoles, retransmises par la télévision.

Le conflit du Sud-Soudan, ayant éclaté en 1983, était le plus ancien à perdurer sur le continent africain.

Après d'ultimes négociations de dernière minute vendredi après-midi, des représentants du gouvernement et du MPLS ont apposé leur signature en bas des documents des deux derniers protocoles.

Les deux parties avaient déjà signé six protocoles d'accord sur la formation d'un gouvernement de coalition, la décentralisation des pouvoirs, le partage des revenus pétroliers et l'intégration des rebelles dans la nouvelle armée. Les habitants du sud du Soudan, zone riche en ressources pétrolières, pourront en outre se prononcer dans les six ans lors d'un référendum d'autodétermination.

DÉTÉRIORATION AU DARFOUR

Les deux derniers protocoles concernent une trêve permanente et la mise en oeuvre sur le terrain des mesures décidées. Gouvernement et rebelles s'étaient engagés à signer ces deux protocoles avant la fin de l'année lors d'une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité de l'Onu à Nairobi en novembre.

La guerre civile, déclenchée lorsque Khartoum a tenté d'imposer la loi islamique (charia) au sud majoritairement chrétien et animiste, a fait deux millions de morts, dont la plupart tués par la famine et les maladies, et quatre millions de déplacés, selon diverses estimations.

La communauté internationale, notamment les Etats-Unis, a fait pression sur Khartoum pour accélérer la conclusion d'un accord de paix dans le sud du pays afin de concentrer les efforts sur la recherche d'une solution dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan.

"Cela va changer le paysage politique à Khartoum. Je pense que cela va créer une nouvelle opportunité pour régler le problème du Darfour et nous espérons que c'est ce qui va ressortir de cela", a déclaré à Reuters William Bellamy, ambassadeur des Etats-Unis au Kenya.

Le chef de l'un des mouvements rebelles du Darfour a cependant prévenu vendredi que seule la recherche d'une solution globale aux problèmes du Soudan permettrait de parvenir à une paix durable.

"L'accord qui est signé aujourd'hui est un accord partiel", a déclaré à Reuters Abdel Wahed Mohamed al Nour, président de l'Armée de libération du Soudan, interrogé par téléphone au Darfour. "Nous, au sein de l'ALS, disons clairement au gouvernement et au MPLS que ceci peut être une étape mais en aucune manière une solution au problème du Soudan."

La situation au Darfour s'est une nouvelle fois détériorée à la suite d'un assaut lancé lundi par un nouveau mouvement rebelle, le Mouvement national soudanais pour l'Eradication de la marginalisation (MNSEM), contre la ville de Ghubeish, a par ailleurs affirmé vendredi l'émissaire spécial de l'Union africaine au Soudan, Baba Gana Kingibe.

"L'attaque du 27 décembre a contraint le Programme alimentaire mondial à suspendre la distribution de l'aide alimentaire essentielle aux 250.000 personnes déplacées dans l'ouest du Soudan", a déclaré Kingibe dans un communiqué.