Soudan : Khartoum et les rebelles ont signé les derniers accords de paix

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Afp, 31 Décembre 2004

Kenya (AFP) - Le gouvernement de Khartoum et les rebelles sudistes ont signé vendredi au Kenya les derniers documents avant la signature officielle, le 9 janvier, d'un accord de paix global devant mettre un point final à 21 ans de guerre, le plus long conflit en cours sur le continent.

Les deux derniers protocoles de paix ont été signés par des responsables du gouvernement soudanais et de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, rébellion) à Naivasha, à 80 km au nord-ouest de la capitale kényane Nairobi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les présidents soudanais Omar al-Béchir et sud-africain Thabo Mbeki ont assisté à la cérémonie de signature. Le premier protocole est relatif à la mise en place d'un cessez-le-feu permanent, le deuxième concerne les modalités d'application de l'accord de paix global.

Jeudi, le chef rebelle John Garang et le vice-président Ali Osmane Taha s'étaient entendus sur ces derniers points en suspens, qui bloquaient la conclusion des négociations de paix entamées au Kenya début 2002.

Quelque 1,5 million de personnes ont été tuées et quatre millions déplacées par ce conflit opposant le nord, arabo-musulman au sud, à majorité chrétienne animiste et qui s'estimait marginalisé par le régime de Khartoum.

Sous une intense pression internationale, notamment américaine, Khartoum et la SPLA s'étaient engagés le 19 novembre dernier à conclure un accord de paix définitif "le 31 décembre 2004 au plus tard", devant le Conseil de sécurité des Nations unies réuni exceptionnellement à Nairobi.

Ces deux dernières années, les deux parties avaient déjà signé une série d'accords portant entre autres sur le partage du pouvoir - le chef rebelle devenant le premier vice-président - et sur celui des richesses, notamment l'importante rente pétrolière, à hauteur de 50/50.

"J'ai confiance dans le fait que les combats ont totalement cessé dans le sud du Soudan", a déclaré le chef des médiateurs, le général à la retraite Lazaro Sumbeiwo.

"Nous rendons hommage au grand peuple du Soudan en lui annonçant que nous avons fini la mission qu'il nous avait donnée", a lancé pour sa part le chef rebelle devant plusieurs centaines de Soudanais enthousiastes venus sur les lieux de la signature, dans un lodge sur les rives du lac Naivasha.

"Nous leur promettons que nous serons à leur service pour mettre en application les textes que nous avons signés", a-t-il poursuivi.

Des centaines de Soudanais, partisans de la SPLA ont manifesté vendredi en début de soirée à Khartoum pour exprimer leur joie, peu après la signature des derniers protocoles.

"Cet accord aura un impact positif sur les négociations d'Abuja et du Caire", a assuré à l'AFP à Naivasha un porte-parole rebelle Yasser Arman.

M. Arman faisait référence aux discussions en cours au Nigeria concernant une autre guerre civile déchirant le Soudan, le plus vaste pays d'Afrique, dans la région du Darfour (ouest).

D'autres pourparlers se tiennent en Egypte, réunissant le gouvernement et l'Alliance nationale démocratique (NDA), qui rassemble des partis d'opposition du nord du Soudan.

Mais l'ambassadeur américain au Kenya William Bellamy restait toutefois prudent. "Nous sommes très contents qu'ils se soient mis d'accord mais cet enthousiasme est tempéré par la tragédie qui continue au Darfour", a-t-il souligné.

"Il n'y aura pas beaucoup de temps pour célébrer l'accord (sur le sud), nous aurons à travailler sur le Darfour", a-t-il poursuivi.

Les accords relatifs au sud du pays ne concernent pas le Darfour où depuis près de deux ans, une guerre civile a fait 70.000 morts ainsi que 1,6 million de déplacés ou réfugiés, provoquant une grave crise humanitaire.

Les protocoles signés vendredi ne sont qu'une "solution partielle" aux conflits du Soudan, a d'ailleurs estimé le même jour Abdel Waheed Mohammed Nour, président du Mouvement de libération du Soudan (SLM), un des deux mouvements rebelles du Darfour.