Soudan : les pourparlers d'Abuja sur le Darfour suspendus jusqu'en janvier

Afp

Afp, 21 Décembre 2004

ABUJA (AFP) - Les difficiles pourparlers de paix entre le gouvernement soudanais et les deux principaux groupes rebelles du Darfour (ouest du Soudan) ont été suspendus jusqu'en janvier, ont annoncé mardi les parties dans un communiqué commun publié par l'Union africaine (UA).

Cette nouvelle session de négociations, qui s'était ouverte le 11 décembre, a achoppé sur la question du respect du cessez-le-feu sur le terrain.

"Les parties sont convenues de revenir à Abuja pour la prochaine session des pourparlers qui se tiendra en janvier 2005, à une date qui reste à confirmer par l'UA", écrit le texte.

Cette déclaration réaffirme l'engagement du gouvernement de Khartoum et des groupes rebelles à respecter l'accord de cessez-le-feu signé en avril dernier au Tchad et appelle les observateurs militaires de l'UA à accroître leurs effectifs pour surveiller les lignes de front.

Les pourparlers d'Abuja, troisième round d'un processus lent et difficile, étaient dans l'impasse depuis une semaine avec l'annonce du retrait des délégations rebelles qui protestaient contre une offensive de l'armée gouvernementale sur le terrain, en violation de l'accord de cessez-le-feu.

Le président de l'UA, le chef d'État nigérian Olusegun Obasanjo, ainsi que d'autres médiateurs internationaux sont parvenus à convaincre les deux parties à s'engager à mettre fin aux combats, "afin de créer un environnement favorable pour la prochaine session de discussions".

"Le gouvernement soudanais, selon le communiqué, réaffirme son engagement à arrêter complètement ses opérations militaires au Darfour et à redéployer ses forces sur leurs positions originales".

Les deux mouvements rebelles, le Mouvement pour la libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la Justice et l'égalité (JEM) "s'engagent également à mettre fin aux attaques contre toute activité humanitaire et commerciale, et à empêcher leurs forces de s'en prendre aux infrastructures gouvernementales, y compris les postes de police", poursuit le texte.

Les responsables de la force militaire déployée par l'UA dans cette province aride de l'ouest du Soudan avaient attesté de la reprise des combats, notamment dans le sud, et les dirigeants africains avaient exigé du gouvernement soudanais qu'il mette fin à ces attaques.

Dimanche, soumis à une forte pression internationale, le gouvernement soudanais avait fait savoir qu'il était prêt à mettre un terme à cette offensive.

Les rebelles ont indiqué pour leur part que leurs forces n'avaient pas progressé depuis la signature du cessez-le-feu en avril et qu'elles avaient été la cible d'attaques délibérées des forces gouvernementales en décembre.

Mais le chef des négociateurs du gouvernement de Khartoum, le ministre de l'Agriculture, Majzoub al-Khalifa, a déclaré que les deux parties devront retirer leurs forces de la ligne de front afin de retourner au statu quo qui prévalait en avril.

La décision de Khartoum de revenir à la table des négociations en janvier pour discuter d'un accord politique dépendra du retrait des rebelles, a déclaré le ministre soudanais.

Le chef des négociateurs du JEM, Mohammed Ahmed Tugod, a déclaré pour sa part que "le gouvernement soudanais doit immédiatement cesser son opération militaire et faire revenir ses troupes à ses positions d'origine".

La force de l'UA sur le terrain est toujours en sous-effectif, avec seulement 834 soldats sur le contingent de 3.200 soldats et d'observateurs militaires prévu. Le communiqué appelle les pays qui contribuent à cette force à déployer rapidement leur personnel sur place.

Le conflit au Darfour oppose depuis février 2003 les troupes soudanaises soutenues par leurs milices Djandjawids aux rebelles qui réclament le développement de cette région désertique.

Le conflit a fait au moins 70.000 morts, en majorité des civils, et 1,6 million de déplacés ou réfugiés, selon l'Onu.