Les forces soudanaises ont vidé et rasé un camp de réfugiés, accuse l'Union africaine

Ap

Ap, 04 Novembre 2004

KHARTOUM (AP) - Les forces armées soudanaises ont entièrement rasé un camp de réfugiés dans le sud du Darfour après avoir forcé les réfugiés à rejoindre un autre camp, a affirmé mercredi un responsable de l'Union africaine.

Dans un rapport au Conseil de sécurité, le représentant spécial de l'ONU pour le Soudan a pour sa part déclaré mercredi que des indices suggéraient "fortement que des crimes de guerre et crimes contre l'humanité" aient été commis "de façon systématique et à grande échelle" au Darfour.

Jan Pronk a accusé le gouvernement soudanais d'avoir échoué à amener devant la justice les auteurs de ces meurtres, viols, pillages et incendies de villages. "S'il n'est pas mis fin à l'impunité, (...) le banditisme sera de plus en plus fort, menaçant la population et faisant obstruction à l'acheminement d'aide aux personnes désespérées des régions isolées", a-t-il prévenu.

Selon le major Mac Dorbi, responsable du contingent ghanéen déployé au Darfour, le camp d'El Geer, qui abritait plusieurs milliers de réfugiés, "a été complètement rasé par les forces soudanaises après qu'elles aient emmené les réfugiés vers le camp de Cherif".

Plus tôt, le ministre soudanais des Affaires humanitaires Ibrahim Hamid a affirmé à l'Associated Press qu'aucun réfugié n'avait été forcé à quitter son camp, y compris celui d'El Geer. Il a assuré que les réfugiés avaient volontairement rejoint le camp de Chérif, où les conditions de vie sont meilleures.

Le ministre a ajouté que le camp d'El Geer, proche de la capitale du sud du Darfour Nyala, présentait une menace pour la santé des quelque 1,2 million d'habitants de la ville. Les agences humanitaires ont rapporté que l'arrivée en ville de réfugiés venus chercher du travail avait provoqué des tensions.

Le Département d'Etat américain a exigé du gouvernement de Khartoum qu'il organise "le retour immédiat" des réfugiés d'El Geer.

Mac Dorbi a ajouté que le général Festus Okonkwo, responsable de la force de l'Union africaine devait se rendre à Nyala jeudi pour enquêter sur ces accusations.

Un regain de tension a été signalé autour des camps de réfugiés du Darfour depuis plusieurs jours, notamment en raison d'un conflit entre les rebelles et les miliciens arabes janjawid au sujet de plusieurs prises d'otages. Les Nations unies ont affirmé mardi que l'armée et la police soudanaises avaient encerclé plusieurs camps de réfugiés du Darfour-ouest, en interdisant l'accès aux organisations humanitaires.

La violence au Darfour, une région vaste comme la France située dans l'ouest du Soudan, a provoqué la fuite d'1,5 million d'habitants. Environ 70.000 auraient trouvé la mort, la plupart de maladie ou de faim depuis le début des affrontement il y a 19 mois.