Trois camps de réfugiés du Darfour seraient encerclés par les forces soudanaises

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Ap, 02 Novembre 2004

KHARTOUM (AP) - Recrudescence des violences et inquiétude au Soudan. Selon les Nations unies, l'armée et la police soudanaises ont encerclé plusieurs camps de réfugiés du Darfour-ouest, en interdisant l'accès aux organisations humanitaires. Des informations démenties par Khartoum, qui explique que les tribus arabes, en colère après l'enlèvement de 18 des leurs par les rebelles, se massent dans le secteur.

"Cela a commencé à 3h00 du matin sans aucun avertissement", a dit Christiane Berthiaume, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) à Genève. "Toutes les agences se voient interdire l'accès à ces camps depuis ce matin". Du coup, au moins 160.000 réfugiés du Darfour-ouest ne peuvent être joints par la route "en raison de l'insécurité", et le PAM a fait évacuer 88 travailleurs humanitaires de ces trois camps de la région de Nyala: Golu, Zaleinge et Nertetie.

Ibrahim Hamid, ministre des Affaires humanitaires du régime de Khartoum, affirme pour sa part qu'il "n'y a pas de siège". Et d'expliquer que les tribus arabes se sont rassemblées après l'enlèvement, la semaine dernière, de 18 des leurs par les rebelles, en lutte au Darfour depuis mars 2003. "L'Union africaine a été alertée, et dit qu'elle sortirait les personnes enlevées des zones montagneuses de Zaleinge", a-t-il ajouté.

Selon lui, l'Armée de libération du Soudan (ALS, plus importante des deux factions rebelles du Darfour), a arrêté la semaine dernière bus et camions près de Zaleinge, s'emparant de 18 Soudanais arabes, étudiants pour la plupart. Les rebelles affirmant pour leur part que les janjawid ont enlevé dimanche 30 Africains dans un bus et les ont exécutés.

Humanitaires et responsables de l'ONU ont confirmé des violences dans le secteur de Zaleinge, où les tribus arabes réclamant la médiation des ONG pour la libération des otages.

Des combats se sont déroulés à Zaleinge pendant le week-end, selon un responsable de l'Union africaine, qui a dépêché des observateurs sur place. Ce derniers y ont vu les cadavres de cinq personnes, dont un général de l'ALS, et enquêtaient toujours sur l'existence d'éventuels charniers.

Médecins du Monde a dénoncé des "relocalisations forcées (...) avec usage de la force", affirmant que la police avait "encerclé et vidé le camp de Serief, dans le Sud Darfour, (qui) abritait plusieurs centaines de déplacés". Le camp aurait été rasé tandis qu'un demi-millier de personnes étaient emmenées de force vers un autre site.

Khartoum affirme ne pas soutenir les tribus arabes janjawid, accusées de nettoyage ethnique au Darfour contre les populations noires.

Selon Mme Berthiaume, les réfugiés craignaient depuis la semaine dernière une riposte de Khartoum après cet enlèvement. Le PAM craint pour sa part que les forces gouvernementales ne vident les camps de force et contraignent les populations à regagner leurs villages, où leur sécurité est encore moins assurée.

A Addis Abeba, Assane Ba, porte-parole de l'Union africaine, a affirmé n'avoir aucune information sur cet éventuel encerclement des camps, et aucune nouvelle en ce sens des observateurs militaires de l'UA chargés de faire respecter le fragile cessez-le-feu au Darfour.

Depuis cet enlèvement la semaine dernière, toutes les missions humanitaires internationales sur le terrain ont été suspendues, précise l'ONU. La guerre du Darfour a déjà fait au moins 70.000 morts, et déplacé plus d'1,5 millions de personnes.

A Washington, l'officier de presse du Département d'Etat, Tom Casey, a déclaré que son gouvernement était "indigné". Les Etats-Unis appellent "le gouvernement du Soudan à cesser toute tentative de déplacer des gens contre leur gré et à autoriser l'accès immédiat des travailleurs humanitaires".

Le Premier ministre canadien Paul Martin compte rencontrer le président soudanais Omar el-Béchir à l'occasion d'un déplacement à l'étranger du 18 au 28 novembre. Il se rendra à Khartoum après un arrêt au Burkina Faso le 24, selon sa porte-parole Amy Butcher. AP