Force de l'ONU au Darfour: Khartoum critiqué au Conseil de sécurité

Agence France Presse

Agence France Presse, 05 Octobre 2006

es membres du Conseil de sécurité ont déploré jeudi la mise en garde du Soudan aux pays arabes et africains contre tout envoi de troupes à une force de maintien de la paix de l'ONU au Darfour, la qualifiant d'"inappropriée" et "choquante".

L'ambassadeur des Etats-Unis, John Bolton, avait demandé une réunion impromptue du Conseil pour protester contre ce qu'il considérait comme une tentative "d'intimidation" par le Soudan des pays fournisseurs de troupes à l'ONU.

Dans une lettre mardi aux missions africaines et arabes, ainsi qu'à d'autres pays contributeurs habituels de troupes comme la Nouvelle-Zélande, le gouvernement soudanais avait écrit qu'en l'absence de son consentement au déploiement de troupes onusiennes, toute fourniture de troupes pour une opération de maintien de la paix au Darfour serait considérée comme "un acte hostile, un prélude à l'invasion d'un Etat membre de l'ONU".

"C'est sans précédent," a déclaré à la presse l'ambassadeur américain à l'ONU, John Bolton, avant d'entrer en séance. "C'est un défi lancé directement à l'autorité du Conseil de sécurité (...) et cela requiert une réponse forte", a-t-il ajouté.

A l'issue des consultations, l'ambassadeur du Japon, Kenzo Oshima, a indiqué avoir été chargé, en sa qualité de président du Conseil pour octobre, d'obtenir des "éclaircissements" sur la lettre auprès de son collègue soudanais.

Certains membres ont estimé que "les termes (de la lettre) sont inappropriés et choquants", a-t-il dit.

L'avis général est que cette lettre est "assez peu diplomatique", a confirmé l'ambassadeur de Tanzanie, Augustine Mahiga.

M. Oshima a indiqué que certains membres souhaitaient l'adoption d'une déclaration non contraignante condamnant la lettre soudanaise mais que la plupart préféraient concentrer les efforts du Conseil sur les moyens de restaurer la paix au Darfour.

Le Conseil de sécurité avait décidé fin août, dans sa résolution 1706, d'envoyer une force de l'ONU d'environ 17.000 soldats et 3.000 policiers au Darfour pour prendre la relève de l'actuelle Mission de l'Union africaine (AMIS), mal équipée et sous-financée.

Le président soudanais Omar el-Béchir est farouchement opposé à ce scénario, qu'il assimile à une tentative occidentale de recoloniser le Soudan.

Selon l'ONU, la guerre civile et ses conséquences humanitaires ont fait au moins 200.000 morts au Darfour, province de l'ouest du Soudan, depuis février 2003.