Centrafrique : des rebelles prennent une ville du nord-est du pays, qui accuse le Soudan

Afp

Afp, 30 Octobre 2006

Des rebelles ont pris lundi, au terme de brefs combats avec l'armée, le contrôle de la ville centrafricaine de Birao, située dans le nord-est du pays près de la frontière avec le Soudan, que le gouvernement de Bangui a accusé dans la soirée d'"agression barbare".

"Ce jour, 30 octobre 2006 à 04H30, de nombreux assaillants non identifiés en provenance du Darfour au Soudan ont attaqué et investi la ville frontalière de Birao et son aérodrome dans le nord-est de la RCA (République centrafricaine)", a déclaré à la radio nationale le porte-parole de la présidence centrafricaine, Cyriaque Gonda.

"Le gouvernement et le peuple centrafricain, qui déplorent des pertes en vies humaines au sein des forces armées nationales, au sein de la population civile, ainsi que la destruction de biens, condamnent fermement cette agression barbare que rien ne justifie de la part d'un pays pourtant ami et frère", a-t-il ajouté, sans fournir de bilan précis.

Des sources militaires centrafricaines avaient auparavant affirmé que des éléments armés en provenance d'Am-Dafock, sur la frontière soudanaise, avaient pris Birao en mis "en débandade" les troupes gouvernementales.

Une petite rébellion centrafricaine apparue en 2005 dans le nord de la Centrafrique, l'Union des forces républicaines (UFR), a revendiqué lundi auprès de l'AFP la prise de Birao, à plus de 800 km au nord-est de Bangui.

Selon le capitaine Abakar Sabone, qui s'est présenté comme un dirigeant de l'UFR, les rebelles ont pris Birao au terme de "combats qui n'ont pas duré" et ont fait plusieurs prisonniers dans les rangs de l'armée.

Le chef de l'UFR est le lieutenant Florian Ndjadder-Bédaya, fils d'un général décédé proche de l'ex-président Ange-Félix Patassé. Il avait dit en décembre vouloir renverser l'actuel chef de l'Etat François Bozizé, qui a chassé du pouvoir par la force M. Patassé en 2003.

Depuis plus d'un an, la sécurité s'est nettement dégradée dans la moitié nord de la Centrafrique, du fait de la recrudescence des attaques de "coupeurs de route" et, plus récemment, de l'apparition de rébellions hostiles au président Bozizé. Selon les autorités, ces groupes sont pilotés par M. Patassé, qui vit en exil au Togo.

Face à cette insécurité, le ministère de la Défense vient d'envoyer des renforts à l'intérieur du pays pour prévenir "d'éventuelles attaques contre l'autorité établie".

La région de Birao est frontalière du Soudan et du Tchad. Côté tchadien, à environ 150 km au nord de Birao, des combats ont opposé dimanche l'armée de N'Djamena aux rebelles tchadiens de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), que le Tchad accuse Khartoum de soutenir.

Depuis l'échec de l'offensive des rebelles tchadiens du Front uni pour le changement (Fuc) sur N'Djamena en avril, la Centrafrique a fermé sa frontière avec le Soudan, déjà accusé de parrainer le Fuc.

Depuis cette date, Bangui a affirmé qu'un avion en provenance du Soudan avait violé son espace aérien pour débarquer près de Birao une cinquantaine d'hommes armés. En mai et juin, les localités de Tiringoulou et Gordil, dans cette même région, ont été attaquées par des hommes armés, présentés comme des rebelles tchadiens par les autorités centrafricaines.

Depuis des mois, la communauté internationale s'inquiète des risques de débordement de la guerre civile du Darfour et de la rébellion tchadienne sur le territoire centrafricain.

En juillet, le président Bozizé a ainsi obtenu un soutien logistique "renforcé" de Paris, qui a déployé à Bangui un avion de transport C130 et dont les chasseurs Mirage-F1 basés à N'Djamena survolent désormais régulièrement le nord-est de la Centrafrique.

Le gouvernement centrafricain a lancé lundi soir un nouvel appel à la communauté internationale afin qu'elle garantisse son "intégrité territoriale".