Soudan: les sudistes Dinka se disent prêts à défendre Abyei

De Trevor Snapp

Afp, 13 Janvier 2011


ABYEI — Avec ses huttes aux toits de paille et ses terrains déserts, Abyei, à la frontière entre le Nord et le Sud du Soudan, ne paie pas de mine. Mais la population locale Dinka se dit prête à défendre bec et ongles ce bout de terre disputé.

A la fin de la guerre civile Nord-Sud, des Sud-Soudanais déplacés par le conflit avaient regagné Abyei. Récemment, des Sudistes de Khartoum sont rentrés dans l'enclave à l'approche du référendum d'indépendance.

Mais depuis quelques jours, un nouveau type de personnes afflue vers le hameau: des familles fuyant les récents combats à quelques kilomètres au nord, entre Dinka Ngok (Sudistes) et Misseriya (Arabes nordistes).

Les deux tribus se sont affrontées à au moins trois reprises de vendredi à dimanche, des combats qui ont fait au moins 37 morts dans les deux camps.

Anord Monwier habite à Maker Abior, un village situé dans la partie nord d'Abyei et durement touché par les affrontements entre Misseriya et policiers locaux Dinka.

Les Misseriya "sont venus par vagues. Ils avaient des uniformes et tentaient d'encercler notre ville", affirme ce Sudiste.

"Ils couraient vers nous, ils nous chassaient. Quand j'ai vu la police qui arrivait, je me suis dit que les choses allaient encore se compliquer", témoigne un autre Sudiste, Montoc Agok.

L'enclave contestée d'Abyei est principalement habitée par les Dinka Ngok, mais elle est traversée chaque année par les Misseriya dans leur migration vers le sud en quête de pâturages et d'eau pour leur bétail.

Un référendum sur le rattachement d'Abyei au Nord ou au Sud-Soudan devait avoir lieu en même que temps que la consultation sur l'indépendance du Sud-Soudan, mais le scrutin a été reporté sine die faute de compromis sur la participation des Misseriya.

Ces derniers migrent chaque année vers Abyei mais peu d'entre eux y vivent de façon permanente. Ils craignent de voir l'enclave échoir du côté sudiste en cas de référendum, ou de perdre leur accès à Abyei si la région déclare unilatéralement son rattachement au Sud.

"J'ai un ami Misseriya au nord, qui m'a dit qu'ils (les nomades arabes) voulaient prendre nos terres. Il a dit que si nous ne partions pas, nous allions goûter à l'amertume de 2008", affirme Dhieu Bol Deng, directeur de l'antenne locale de la commission humanitaire.

En mai 2008, des affrontements avaient fait plus de 100 morts à Abyei. Suite à ces graves violences, le Nord et le Sud du Soudan avaient demandé à la Cour permanente d'arbitrage de La Haye de régler leur différend sur la démarcation d'Abyei.

Ce tribunal avait réduit la taille de la région aux zones historiquement habitées par les Dinka Ngok, mais les nomades arabes avaient rejeté l'arbitrage.

Après le différend sur le droit de vote des électeurs, les négociations pour trouver un compromis, notamment sur des droits de pâturage aux nomades arabes si l'enclave est rattachée au Sud-Soudan, ont échoué.

"Entre-temps, nous devons nous défendre", assure M. Deng, de la tribu Dinka Ngok. "Nous attendons la guerre. La guerre n'est pas terminée".

Pour éviter une telle issue, des chefs des deux tribus se sont engagés jeudi à oeuvrer pour la paix lors d'une réunion à Kadugli, la capitale de l'Etat nordiste du Kordofan-Sud.

"Le point principal de cet accord concerne la liberté de mouvement, en particulier pour les personnes qui retournent à Abyei, la mobilité des marchandises, la liberté des éleveurs de bétail, et la diminution de la circulation des armes", a expliqué à l'AFP Abdelaziz al-Hilu, vice-gouverneur de l'Etat du Kordofan-Sud.

Cet accord de principe ne résout toutefois pas l'épineuse question du statut d'Abyei, qui devra être réglée par le Parti du congrès national (NCP, nord) du président Omar el-Béchir et les ex-rebelles sudistes du SPLM. NCP et SPLM doivent se réunir dimanche à Kadugli pour évoquer la sécurité à Abyei.