Référendum au Soudan: pas d'autre option que la paix, affirme le leader sudiste

De Guillaume Lavallee

Afp, 08 Janvier 2011

Le leader sudiste Salva Kiir a appelé samedi, à la veille d'un référendum historique sur l'indépendance du Sud-Soudan, à la coexistence pacifique entre le Nord et le Sud, alors que les préparatifs ont été assombris par des attaques contre des soldats sudistes.

"Aujourd'hui, il n'y a pas de retour à la guerre. Le référendum n'est pas la fin du parcours, mais le début d'un nouveau. Il n'y a pas d'alternative à la coexistence pacifique" entre nordistes et sudistes, a déclaré M. Kiir.

Les Sud-Soudanais se prononcent à partir de dimanche et pendant une semaine sur le maintien de l'unité avec le reste du Soudan ou la sécession. Les analystes, et même les responsables nordistes, pronostiquent une victoire de l'option sécessionniste lors de ce scrutin historique.

Mais à quelques heures du début d'un vote placé sous haute surveillance, des attaques contre des soldats sudistes dans une zone pétrolifère limitrophe du Nord ont jeté une ombre sur l'excitation palpable dans le Sud-Soudan.

Au moins six rebelles ont été tués vendredi et samedi dans le comté de Mayom, situé dans l'Etat d'Unité.

"Il y a eu deux rebelles tués hier soir, et quatre ce matin", a déclaré à l'AFP Philip Aguer, porte-parole de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), ex-rebelles sudistes à la tête de l'armée de la région semi-autonome du Sud-Soudan.

Selon des responsables humanitaires, des attaques se seraient produites dans d'autres comtés du même Etat. L'ONU a commencé à enquêter, a indiqué la Mission des Nations unies au Soudan (Unmis).

La SPLA a accusé les hommes de Gatluak Gai, un chef de milice hostile au pouvoir sudiste, d'être à l'origine des violences. Ces derniers avaient lancé au printemps dernier des attaques contre la SPLA dans l'Etat d'Unité, l'un des plus sensibles du Sud-Soudan.

La SPLA avait accusé Khartoum de soutenir M. Gai afin de déstabiliser le Sud-Soudan à l'approche du référendum.

Ces heurts ravivent les craintes d'un regain de violences pendant le référendum, prévu par l'accord de paix conclu en 2005 entre le Nord et le Sud, et qui avait mis fin à une guerre civile de plus de vingt ans au cours de laquelle deux millions de personnes ont péri.

Le Sud-Soudan restait malgré tout en effervescence à la veille du jour J.

"Il ne reste qu'un jour avant de voter", s'impatiente Santos, un jeune sudiste. "Ici, on peut boire de la bière, pas à Khartoum. On va dire bye-bye aux Arabes".

Vendredi soir, un grand concert de hip-hop pour l'indépendance a réuni des milliers de jeunes à Juba, qui vit au rythme du référendum avec ses voitures coiffées de drapeaux sudistes appelant la population à voter, la visite de politiciens occidentaux et celle de la vedette américaine George Clooney.

Les Etats-Unis, qui mettent tout leur poids pour la réussite du référendum, ont envoyé le sénateur John Kerry et l'émissaire spécial de la Maison Blanche Scott Gration.

Les seules inconnues du vote restent la participation et le respect des normes démocratiques. Selon la loi référendaire, au moins 60% des quelque quatre millions d'électeurs doivent voter pour que le résultat soit valide.

Des milliers de policiers ont été déployés aux abords des grandes artères de Juba et dans les quartiers populaires.

Khartoum s'est engagé à reconnaître le résultat d'"un scrutin libre et transparent", même si le président soudanais Omar el-Béchir a estimé que le Sud n'avait "pas la capacité de créer un Etat ou une autorité", dans une interview vendredi soir à la chaîne Al-Jazira.

Plus de 120.000 Sudistes vivant au Nord sont rentrés au Sud pour le vote, selon l'ONU, mais des centaines de milliers d'autres demeurent au Nord. M. Béchir a assuré que ceux-là conserveraient leur droits fondamentaux en cas de sécession mais seraient considérés comme des étrangers.