Darfour: dans un camp de transit avec les premiers déplacés à rentrer chez eux

De Guillaume Lavallee

Afp, 09 Novembre 2010


NYALA — Gamins agités, femmes enceintes, hommes aux tuniques immaculées, doyens amoindris s'entassent dans un "camp de transit" d'un faubourg de la métropole du Darfour. Dans quelques jours, ils seront les premiers déplacés du conflit à rentrer chez eux avec l'aide de l'ONU.

Depuis sept ans, le conflit au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a forcé le déplacement de plus de 2,7 millions de personnes agglutinés dans des camps où ils vivent sous perfusion de l'aide humanitaire internationale.

Une poignée de déplacés chassés de leur terre par les violences sont rentrés dans leur village d'origine sans bénéficier de l'aide des agences humanitaires de l'ONU.

Dans la foulée de violences fratricides meurtrières ces derniers mois à Kalma, un méga-camp tendu de 80.000 personnes en banlieue de Nyala, la plus grande ville du Darfour, un petit groupe de déplacés a cogné à la porte de l'ONU pour les aider à rentrer dans leurs villages.

"Je vis à Kalma depuis six ans, mais à cause des récentes violences, je veux rentrer chez moi. Je veux que mon petit garçon de six mois puisse voir ses grands-parents", murmure Asha Mohamed, jeune femme lavant le linge dans un bac de plastique à l'entrée d'un des trois "camps de transit" de Nyala.

Les humanitaires se préparent à aider au retour, en partenariat avec le gouvernement, de près de 1.600 personnes de Kalma, au Darfour-Sud, vers leurs villages au Darfour-ouest.

"Des gens de ma famille sont retournés au village pour savoir si la situation était sûre. Or, elle est meilleure qu'à Kalma. Ils nous ont donc dit de rentrer", baragouine Abakar Bakhit, la tête coiffée d'un turban.

"Nous sommes impatients de rentrer", dit-il, aux abords d'une maison de brique de terre qui fait office de "camp de transit" devant lequel s'entassent des "sirir", lits en métal au matelas de corde tressée.

La question du retour est un sujet délicat au Darfour où les camps s'érigent comme des symboles du conflit pour la rébellion. Pour elle, rentrer, c'est abdiquer.

Et des humanitaires sont réticents à soutenir ces retours car ils estiment que le gouvernement cherche à démanteler les camps et donc force les gens à partir. De rares retours volontaires ont déjà eu lieu, mais ceux-ci n'avaient pas été encadrés par l'ONU.

"C'est la première fois que nous soutenons un retour volontaire. C'est pourquoi les gens attendent depuis deux mois dans ce camp. Nous avons dû vérifier leur intention de retourner et organisé des visites avec certains d'entre eux pour voir si la situation permettait le retour", explique à l'AFP Georg Charpentier, coordonnateur de l'ONU pour l'aide humanitaire au Soudan.

Cette première cohorte recevra une aide pour le transport, des vivres pour trois mois, des outils agricoles afin de faciliter la réinsertion dans le village, bien que la guerre ne soit pas terminée. Une aide est aussi prévue pour les communautés nomades qui ont occupé des terres laissées en friche.

Le conflit au Darfour a transformé à jamais cette région semi-désertique habitée par environ huit millions de personnes, en accélérant l'urbanisation.

Les camps de déplacés avec leurs tentes en toile marquées du logo de l'ONU sont devenus des banlieues émaillées de masures en brique de terre.

Les responsables onusiens et soudanais savent qu'une grande partie des déplacés ne rentrera jamais chez elle, ayant été "urbanisée" par le conflit. Leur défi est donc de couper progressivement le cordon ombilical de l'aide humanitaire.

"Ce n'est pas sain pour ce grand nombre de déplacés de vivre totalement en dépendance, aidés pour l'eau, la santé, l'éducation, la nourriture, tout ça pendant si longtemps", estime M. Charpentier. "Plusieurs jeunes déplacés ont grandi dans ces camps et il y a donc un risque d'avoir créer un fort syndrome de dépendance", à l'égard de l'aide humanitaire.