La rébellion songe à demander l'autodétermination du Darfour

Redaction

Afp, 04 Août 2010

Le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour a menacé mercredi d'exiger le "droit à l'autodétermination" pour cette région de l'ouest du Soudan, pouvant mener jusqu'à son indépendance, si des changements politiques n'intervenaient pas rapidement.

"S'il n'y a pas d'horizon politique, si le génocide continue, si le gouvernement continue de nier les droits de l'Homme, la démocratie et l'Etat de droit, alors nous n'aurons d'autre choix que de demander l'autodétermination pour le Darfour et le Kordofan" voisin, a déclaré à l'AFP Ahmed Hussein Adam, porte-parole du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

Le Kordofan est une vaste région soudanaise située entre la capitale Khartoum et le Darfour.

Le JEM, le plus actif militairement des mouvements rebelles du Darfour, avait quitté début mai les pourparlers de paix de Doha, au Qatar, avec les autorités soudanaises.

Ce retrait de la table des négociations avait donné lieu à une montée en flèche des affrontements au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie depuis sept ans à une guerre civile complexe opposant principalement deux groupes rebelles aux forces pro-gouvernementales.

La rébellion du Darfour a toujours plaidé pour un "meilleur" partage du pouvoir et des richesses du Soudan. C'est la première fois qu'un des deux principaux groupes rebelles du Darfour -l'Armée de libération du Soudan (SLA) d'Abdelwahid Nour et le JEM de Khalil Ibrahim- songe publiquement à demander le droit à l'autodétermination.

"L'autodétermination veut dire ou bien l'unité sur de nouvelles bases, ou bien l'indépendance", a déclaré M. Hussein, rappelant que le Darfour avait été un sultanat indépendant du XVIIe siècle à 1916 avant d'être intégré au Soudan, plus grand pays d'Afrique.

"L'autodétermination sera au coeur de nos demandes s'il n'y a pas de changement" du côté des autorités soudanaises, a ajouté le porte-parole de la rébellion.

Le gouvernement soudanais tient actuellement des pourparlers de paix à Doha, au Qatar, avec le Mouvement pour la libération et la justice (MJL), un regroupement de petites factions rebelles ne disposant pas de réelles capacités de nuisance sur le terrain. Le JEM et le SLA-Abdelwahid refusent de retourner à ces pourparlers ou de les rejoindre.

Le président soudanais Omar el-Béchir a discuté mercredi avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi de la situation au Darfour, peu après son arrivée à Tripoli pour une visite officielle de deux jours, a rapporté l'agence libyenne Jana.

L'entretien a porté sur "les moyens de ramener la paix et la sécurité au Darfour" limitrophe de la Libye, a ajouté Jana sans plus de détails.

Le chef du JEM, Khalil Ibrahim, vit depuis deux mois en Libye, mais aucune rencontre entre ce dernier et le président Béchir n'est prévue, ont indiqué des responsables soudanais et de la rébellion.

Le droit à l'autodétermination avait été enchâssé dans l'accord de paix global (CPA) ayant mis fin en 2005 à 22 ans de guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan. Lors d'un référendum en janvier prochain, les Sud-Soudanais devront se prononcer sur leur indépendance ou leur maintien dans le pays.