La rébellion qualifie de "victoire" l'accusation de génocide contre Béchir

Redaction

Romandie News, 13 Juillet 2010

La rébellion du Darfour a qualifié lundi de "victoire" l'ajout de l'accusation de génocide au mandat d'arrêt international contre le président soudanais Omar el-Béchir et exhorté les puissances étrangères à faire pression sur Khartoum afin de mettre fin au conflit.

"Nous sommes très satisfaits de la décision de la CPI. Il s'agit d'une victoire pour le peuple du Darfour et de l'humanité entière. Cela donne espoir au gens du Darfour que justice sera faite", a déclaré à l'AFP Ahmed Hussein, porte-parole des rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

"Nous appelons la communauté internationale à coopérer avec la CPI et à boycotter le président Béchir et son gouvernement", a souligné le porte-parole du plus militarisé des groupes rebelles actifs au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie à la guerre depuis 2003.

Sur le terrain, l'armée soudanaise a indiqué avoir défait lundi matin les forces du JEM dans le secteur stratégique d'Adula, passage entre les régions du Darfour-Sud, Darfour-Nord et du Kordofan-Nord (province voisine du Darfour).

"Il n'y a plus de forces du JEM dans la région d'Adula, ils se sont repliés après les combats, a dit à l'AFP Sawarmi Khaled Saad, porte-parole de l'armée.

L'autre grand mouvement rebelle du Darfour, l'Armée de libération du Soudan (SLA) dirigée par Abdelwahid Nour, a aussi salué la décision de la Cour pénale internationale. "Nous accueillons favorablement cette décision. Il s'agit de la bonne décision pour le peuple du Darfour et les Soudanais en général", a dit à l'AFP Ibrahim al-Hillu, haut responsable du SLA.

"Cette décision survient tard, nous l'espérions depuis longtemps, mais il s'agit de la bonne décision", a-t-il ajouté, précisant que le SLA allait néanmoins poursuivre les discussions avec la médiation du Qatar afin de parvenir à la paix au Darfour.

Le président Béchir, contre lequel un mandat d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour avait été délivré en mars 2009 par la CPI, est désormais également soupçonné de génocide, a annoncé lundi ce tribunal international.

Les magistrats ont retenu trois chefs d'accusation de génocide à l'encontre de M. Béchir, 66 ans : "génocide par meurtre, génocide par atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale et génocide par soumission intentionnelle de chaque groupe ciblé à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique".

Il y a, selon eux, "des motifs raisonnables de croire que M. Béchir a agi avec l'intention spécifique de détruire, en partie, les groupes ethniques des Four, Masalit et Zaghawa".

"Ce second mandat d'arrêt ne remplace ni ne révoque en aucun cas le premier mandat d'arrêt délivré à l'encontre de M. Béchir le 4 mars 2009, qui demeure en vigueur", soulignent les juges.

La chambre d'appel de la CPI, estimant que les juges de première instance avaient commis une "erreur de droit", leur avait ordonné le 3 février de réexaminer leur décision de ne pas retenir l'accusation de génocide contre le président soudanais.