Soudan: Omar el-Béchir désormais soupçonné par la CPI de génocide au Darfour

De Marie-laure Michel

Afp, 12 Juillet 2010

Le président soudanais Omar el-Béchir, déjà soupçonné par la Cour pénale internationale internationale (CPI) de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au Darfour, fait désormais l'objet d'un mandat d'arrêt pour génocide, une "victoire" pour les rebelles de cette région du Soudan.

Les juges de première instance ont ordonné lundi qu'un second mandat d'arrêt, pour génocide, soit délivré à l'encontre du président soudanais, en plus du mandat d'arrêt lancé contre lui pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité le 4 mars 2009. Il s'agit du premier mandat d'arrêt pour génocide de la CPI depuis son entrée en fonction en 2003.

"Nous sommes très satisfaits de la décision de la CPI. Il s'agit d'une victoire pour le peuple du Darfour et de l'humanité tout entière. Cela donne espoir au gens du Darfour que justice sera faite", a réagi Ahmed Hussein, porte-parole du Mouvement pour la justice et l'égalité, le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour.

Après l'annonce de la CPI, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé le Soudan à coopérer avec elle.

M. Ban "est profondément préoccupé par la nature des chefs d'accusation pesant contre le président Béchir", a déclaré un porte-parole. Il exhorte Khartoum "à soutenir totalement le travail de la CPI et à faire face aux problèmes de justice et de réconciliation", a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis ont réitéré leur appel au président Béchir à se livrer à la justice internationale. "Nous croyons qu'il devrait se présenter devant la CPI et répondre aux accusations qui ont été lancées contre lui", a déclaré Philip Crowley, porte-parole du département d'Etat.

La France réaffirme son "soutien" à la CPI et elle est "résolument engagée dans la lutte contre l'impunité des crimes les plus graves commis au Darfour", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

A Khartoum, le ministre soudanais de l'Information et porte-parole officiel du gouvernement, Kamal Obeid, a fustigé la décision de la CPI. "L'ajout de l'accusation de génocide confirme que la CPI est un tribunal politique", a-t-il déclaré à l'agence officielle SUNA.

"La décision de la CPI ne nous regarde pas. Nous nous préoccupons du développement", a ajouté M. Obeid.

Les juges de la CPI ont estimé dans leur ordonnance qu'"il y avait des motifs raisonnables de croire que M. Béchir avait agi avec l?intention spécifique de détruire, en partie, les groupes ethniques des Four, des Masalit et des Zaghawa", les trois principales ethnies du Darfour, une région en proie à la guerre civile depuis 2003.

Les magistrats ont retenu trois chefs d'accusation de génocide à l'encontre de M. Béchir, 66 ans, au pouvoir depuis 21 ans: "génocide par meurtre, génocide par atteinte grave à l?intégrité physique ou mentale et génocide par soumission intentionnelle de chaque groupe ciblé à des conditions d?existence devant entraîner sa destruction physique".

Dans le premier mandat d'arrêt contre M. Béchir, celui-ci est soupçonné d'être pénalement responsable, en tant qu'auteur indirect ou coauteur indirect, de cinq chefs d'accusation de crimes contre l'humanité, à savoir meurtre, extermination, transfert forcé, torture et viol.

Il est également soupçonné de deux chefs d'accusation de crimes de guerre: le fait de diriger des attaques intentionnelles contre des civils et le pillage.

Pour l'accusation, le président soudanais est responsable du meurtre d'au moins 35.000 civils des trois ethnies entre 2003 et 2005, et de l'expulsion et du viol de centaines de milliers d'entre eux.

Le procureur de la CPI enquête depuis 2005 en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Darfour, région en proie depuis 2003 à une guerre civile qui a fait 300.000 morts et 2,7 millions de déplacés, d'après l'ONU. Khartoum parle de 10.000 morts.