Rock stars et ONG pour la paix au Soudan qui entre dans une année critique

De Guillaume Lavallee

Afp, 09 Janvier 2010

KHARTOUM — Stars du rock et organisations humanitaires marquaient samedi le 5e anniversaire de l'accord de paix ayant mis fin à la plus longue guerre civile en Afrique, au Sud-Soudan, région sous-développée qui organise dans un an un référendum sensible sur son indépendance.

Les batteurs des groupes Pink Floyd, Radiohead et The Police --Nick Mason, Phil Selway et Stewart Copeland-- battent "le rythme de la paix" dans un film au coeur de la campagne "Sudan365" qui exhorte les dirigeants mondiaux à tout faire pour éviter que la situation ne dégénère cette année au Soudan.

"J'espère que ce film permettra à la population de se rendre compte de la très grande importance de cette année pour le Soudan", a souligné Phil Selway, du groupe phare du rock contemporain britannique Radiohead, dans un communiqué annonçant le lancement de la campagne "Sudan365".

Cette campagne internationale est organisée par neuf organisations dont Amnesty International, Human Rights Watch et l'influente coalition américaine "Save Darfur". Dans ce cadre, 150 personnes se sont rassemblées samedi devant le 10 Downing Street, la résidence du Premier ministre britannique à Londres.

Signé il y a tout juste cinq ans, l'accord de paix global (CPA) a mis fin à 21 ans de guerre civile entre le Nord, majoritairement musulman, et le Sud, en grande partie chrétien, un conflit à l'origine de deux millions de morts et de quatre millions de déplacés.

Il prévoit la tenue d'élections nationales en avril et surtout d'un référendum sur la sécession du Sud en janvier 2011, deux événements clés qui pourraient mener à de nouvelles flambées de violence, selon des analystes et des ONG.

Cinq ans après la fin de la guerre civile, la situation politique demeure en effet tendue entre le nord et le sud du Soudan, où cet anniversaire passe quasi inaperçu dans la société.

Le Sud-Soudan doit aussi faire face aux violences tribales qui ont fait 2.500 morts et déplacé plus de 350.000 personnes en 2009.

Samedi, les Nations unies ont ainsi exprimé leur préoccupation face à une récente hausse des violences, à l'origine d'au moins 150 morts depuis deux semaines, et exhorté les autorités locales à enquêter sur leur origine.

La semaine dernière, des affrontements entre des sous-clans des tribus Dinka et Nuer ont fait au moins 140 morts, selon un haut responsable de l'ONU.

"Le Soudan entre dans une période cruciale de son histoire et les puissantes élites du pays sont sous pression pour arriver à des accords sur une variété de questions complexes", souligne l'institut de recherche anglais Chatham House dans une étude publiée samedi.

Les autorités politiques du Soudan doivent s'entendre sur des questions clés comme la séparation de la frontière de 2.100 km entre le Nord et le Sud, où est située une grande partie des champs pétroliers du pays.

Autre sujet crucial: la région occidentale du Darfour, théâtre depuis 2003 d'un conflit civil à l'origine de 300.000 morts selon les estimations de l'ONU --10.000 d'après Khartoum-- et de 2,7 millions de déplacés.

"Le Soudan a éprouvé trop de souffrance au cours des trois dernières décennies. Le moment est venu d'assurer un avenir sous le signe de la paix et de la prospérité pour les gens du Darfour et du reste du Soudan", a souligné le chanteur égyptien Mohammed Mounir qui participe à la campagne "Sudan365".

L'ambassade des Etats-Unis à Khartoum a par ailleurs indiqué samedi avoir reçu des informations selon lesquelles des "extrémistes de la région" souhaitent commettre un attentat contre un appareil commercial assurant la liaison entre l'Ouganda et le Sud-Soudan.