Obama poursuit la politique de Bush au Soudan

Tanguy Berthemet

Le Figaro, 21 Octobre 2009


Très attendue, la nouvelle diplomatie américaine au Soudan, qui vient d'être dévoilée, se place dans la continuité de celle mise en place par George Bush : la carotte ou le bâton. «Si le gouvernement du Soudan agit pour (…) faire avancer la paix, il y aura des incitations, s'il ne le fait pas, alors il y aura des pressions accrues imposées par les États-Unis et la communauté internationale», a ainsi affirmé, lundi, le président américain dans un communiqué.

Pour ne pas être nouvelle, cette stratégie apparaît pourtant plus crédible dans la bouche de Barack Obama, adepte de la main tendue vers les États hostiles à l'Amérique. Mais le président américain s'est refusé à faire le premier pas. Il a renouvelé les fortes sanctions économiques et diplomatiques américaines contre Khartoum, maintenu le Soudan dans la liste des États soutenant le terrorisme puis utilisé, comme Colin Powell avant lui, le mot «génocide» pour définir la guerre au Darfour, où 300 000 personnes sont mortes depuis 2003.

Une annexe confidentielle

Les États-Unis vont désormais traiter le conflit du Darfour et celui entre le Nord et le Sud «simultanément et en tandem» car les deux «contribuent à l'instabilité du Soudan», a indiqué Hillary Clinton, la secrétaire d'État américaine. C'est sans doute dans cette approche parallèle des deux guerres ravageant le Soudan que réside la véritable innovation mise en place par Barack Obama. Car, sans l'avouer, l'Administration américaine reconnaît que la situation dans la partie sud du pays est de nouveau une source de préoccupation plus sérieuse que celle du Darfour.

En 2005, un accord de paix avait mis un terme à presque quatre décennies de guerre civile entre le nord du Soudan, à majorité musulmane, et le sud, à dominante chrétienne et animiste. Le texte, baptisé Comprehensive Peace Agreement (CPA), prévoit des élections en 2010 et un référendum d'autodétermination en 2011. Or la tension qui règne aujourd'hui au Soudan rend la tenue de ces scrutins pour le moins délicate. «Il s'agit de rien de moins que de tenter de sauver le CPA et d'éviter un redémarrage de la guerre entre le Nord et le Sud», insiste un diplomate européen. Washington ne l'ignore pas.

Lundi, Hillary Clinton a assuré qu'il fallait «achever les préparatifs des élections et faire aboutir la négociation sur le tracé des frontières». Mais la diplomatie américaine reste muette sur les moyens de parvenir rapidement à ce résultat. Autre zone d'ombre : les mesures «incitatives» et «dissuasives» que Washington entend utiliser envers Khartoum. Elles sont consignées dans une annexe confidentielle.

La doctrine adoptée apparaît en fait comme un compromis dans la lutte qui déchire la nouvelle Administration américaine. Ni les pragmatiques de l'envoyé spécial américain pour le Soudan, Scott Gration, partisans d'un assouplissement des sanctions, ni les idéalistes autour de l'ambassadeur à l'ONU, Susan Rice, favorables à leur durcissement, ne l'ont emporté. Pour l'heure, Barack Obama semble avoir décidé de ne pas révolutionner la diplomatie américaine au Soudan.