Sud-Soudan: hausse sérieuse des cas d'une maladie tropicale mortelle

De Peter Martell

Afp, 06 Novembre 2009

MALAKAL — Le Sud-Soudan est confronté à une hausse "sérieuse" des cas de fièvre noire ou "kala azar", une maladie tropicale mortelle mais négligée, a prévenu vendredi l'organisation Médecins sans frontières (MSF).

Une montée en flèche des cas de "kala azar" a été recensée dans les Etats de Jonglei et du Haut-Nil, avec un total de 380 patients traités depuis octobre, soit plus du triple par rapport à l'ensemble de 2008, a indiqué l'ONG internationale dans un communiqué.

Une grande majorité de la population du Sud-Soudan, région sous-développée aussi vaste que la France, n'a pas accès à des soins de base. Et les villageois dans les zones reculées peinent souvent à se rendre dans les cliniques à temps pour un traitement.

"Nous craignons que le nombre de personnes atteintes par le kala azar qui se sont rendues dans une clinique ne constitue que le sommet de l'iceberg", a souligné David Kidinda, coordonnateur médical de MSF au Sud-Soudan.

La leishmaniose viscérale -ou kala azar- se transmet par la piqûre d'une petite mouche des sables à l'origine de symptômes comme la fièvre, la diarrhée ou l'anémie.

Si elle n'est pas traitée rapidement, elle entraîne la mort dans 100% des cas. "Sans traitement, les personnes infectées peuvent mourir en quelques semaines seulement si leur système immunitaire est déjà faible", a précisé M. Kidinda. Mais si les patients sont traités à temps, le taux de survie est de 95%.

Les autorités à l'hôpital de Malakal, capitale de l'Etat du Haut-Nil, indiquent avoir reçu plus de 70 cas ces deux dernières semaines.

"Leur nombre ne cesse d'augmenter", a dit à l'AFP Tut Gony, directeur de l'hôpital, précisant que plusieurs enfants figuraient parmi les patients. "Il est anormal d'avoir autant de cas et nous craignons qu'il y en ait d'autres".

Certaines personnes recevant des traitements dans cet hôpital rudimentaire étaient couchées sur des nattes de plastique posées sous des arbres. Des mères éventaient le visage de leurs enfants malades pour faire fuire les mouches.

Si les patients "arrivent ici trop tard, ils risquent de sérieuses complications", a indiqué M. Gony.

L'hôpital ne manque pas pour l'instant de médicaments pour le traitement, a-t-il souligné. Le problème tient à ce que des personnes touchées peinent à se rendre à la clinique en raison des routes rendues impraticables par les pluies.

"Avec tous les problèmes auxquels sont confrontés les Sud-Soudanais -absence d'infrastructure, peu de routes praticables, manque de personnels et de structures de santé, montée en flèche de la violence- la simple survie est un obstacle à ceux qui ont besoin d'un traitement vital" contre cette maladie, regrette l'ONG.