La CPI limite les déplacements à l'étranger du président soudanais el-Béchir

Redaction

Tv5 Monde, 09 Novembre 2009

Le président soudanais Omar el-Béchir, qui ne s'est pas rendu lundi à Istanbul comme prévu, voit ses déplacements à l'étranger sévèrement limités depuis l'émission d'un mandat d'arrêt international contre lui.

Après l'émission en mars d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, le président soudanais a pris plaisir à défier l'Occident.

Discours enflammés devant des milliers de personnes au Darfour, saut de puce en Erythrée, visites dans les capitales du monde arabe du Caire à Tripoli en passant par Doha, petit pèlerinage - la omra - à La Mecque: Omar el-Béchir était partout.

Le président soudanais voulait montrer une image de force face à l'Occident qui le mettait au banc des accusés pour son rôle présumé dans les violences au Darfour, région de l'ouest du pays en proie depuis 2003 à une guerre civile complexe à l'origine de 300.000 morts selon les estimations de l'ONU - 10.000 d'après Khartoum - et de 2,7 millions de déplacés.

La majorité des pays arabes, l'Union africaine et Pékin ont soutenu Omar el-Béchir dans son bras de fer contre la CPI, un tribunal international dont l'acte fondateur, le Statut de Rome, a été ratifié par 110 pays excluant toutefois des géants comme la Chine, la Russie, les Etats-Unis et l'Inde.

Les voyages dans des Etats voisins présentaient peu de risques pour le président soudanais, car aucun de ces pays n'a ratifié ce statut et ces vols n'impliquaient pas de passage dans l'espace aérien international si ce n'est un bref survol de la mer Rouge pour se rendre en Arabie Saoudite et au Qatar.

Omar el-Béchir "peut voyager dans l'espace aérien de pays voisins, mais il ne va pas s'aventurer dans un +no man's land+ aérien.... ça c'est un impact direct de la CPI", estime Fouad Hikmat, analyste à l'International Crisis Group.

Des responsables soudanais ne veulent pas courir le risque que l'avion du président soit intercepté dans l'espace aérien international, précise cet analyste.

Le président Béchir s'était rendu en juin au Zimbabwe, mais avait décliné une invitation du président vénézuélien Hugo Chavez pour un sommet Amérique latine-Afrique à Caracas en septembre, un voyage qui l'aurait soumis à un long périple dans l'espace aérien international.

En tant qu'Etat partie de la Cour pénale internationale, le Venezuela aurait eu le devoir de faire respecter le mandat d'arrêt contre el-Béchir, mais cela restait néanmoins théorique puisque les relations entre Khartoum et Caracas ont le vent en poupe.

Le chef d'Etat soudanais a aussi décliné à la mi-octobre une invitation pour une rencontre de l'Union africaine au Nigeria. Et il ne s'est pas rendu comme prévu lundi à une réunion de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) à Istanbul.

Des sources à Khartoum avaient indiqué qu'Omar el-Béchir avait l'intention de se rendre dans la métropole turque, mais elles n'avaient jamais confirmé sa présence à cette réunion.

L'Union européennes a appelé la Turquie à "reconsidérer" sa position sur la venue éventuelle du président soudanais qui a finalement "reporté" son déplacement en sol turc pour assister, a-t-il indiqué, à des discussions de politiques internes à Khartoum.

M. Béchir a assisté ce week-end au sommet Chine-Afrique à Charm el-Cheikh, en Egypte, pays allié et voisin du Soudan, qui accueillera en février prochain le sommet France-Afrique.

Le président soudanais peut se rendre en Egypte sans craindre d'être arrêté, mais sa possible présence au sommet de février embarrasse déjà la France, ardent défenseur de la CPI, soulignent des sources diplomatiques.