Darfour: l'Union africaine étudie des mesures pour mettre fin au conflit

De Susan Njanji

Afp, 30 Octobre 2009

Des dirigeants africains étaient réunis jeudi à Abuja pour étudier un rapport clé préconisant des mesures pour un retour à la paix dans la région soudanaise du Darfour, en proie à un conflit sanglant depuis 2003.

Cette réunion du conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA), à laquelle participe le second vice-président soudanais Ali Osmane Taha, est consacrée à l'examen de recommandations faites dans ce document par un panel de haut niveau de l'UA sur le Darfour, présidé par l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki.

"Nous allons regarder ce rapport avec un esprit ouvert et avec sérieux", a assuré Ali Osmane Taha aux participants. "Je réaffirme la disponibilité du gouvernement soudanais pour travailler de manière positive avec l'UA et le panel", a-t-il ajouté.

Le rapport préconise notamment la création "d'une cour criminelle hybride", formée de juges soudanais et étrangers, ayant pour mandat de juger les auteurs de crimes commis au Darfour, région de l'ouest soudanais.

Le panel de sept membres propose également la création d'une commission vérité et réconciliation ainsi que des dommages pour les pertes encourues dans ce conflit meurtrier.

En ouvrant la réunion, le président de la commission de l'UA, Jean Ping, n'a pas caché la difficulté qu'il y aura à appliquer les recommandations du panel: "c'est de loin la tâche la plus difficile".

"Les initiatives pour faire avancer la cause de la paix et la réconciliation sont compliquées par le fait que nombre d'efforts entrepris dans le passé ont échoué", a-t-il commenté.

Le conflit au Darfour a fait depuis 6 ans 300.000 morts, selon les estimations de l'ONU - 10.000 d'après Khartoum - et 2,7 millions de déplacés.

"Nous pensons qu'il faut agir maintenant", a déclaré Thabo Mbeki aux participants, parmi lesquels les chefs d'Etat ou de gouvernement de l'Ethiopie, du Kenya, du Rwanda et du Tchad.

"Des mesures exceptionnelles doivent être mises en place pour assurer aux peuples du Darfour que la justice sera faite", a-t-il poursuivi.

Le secrétaire général adjoint des Nations unies aux opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, a indiqué à l'AFP être "confiant que les propositions formulées dans ce rapport vont stimuler les efforts de paix au Darfour".

Des diplomates britanniques et américains ont jugé le rapport "courageux" et "complet".

Bien qu'invité par l'UA, le président soudanais Omar el-Béchir, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et contre l'humanité dans cette région de l'ouet soudanais, n'a pas fait le déplacement.

Les crises en Guinée et au Niger sont également à l'ordre du jour de la rencontre, selon des sources officielles.

L'UA met la pression pour faire partir la junte au pouvoir en Guinée et obtenir l'engagement de son chef, le capitaine Moussa Dadis Camara, qu'il renonce à se présenter à la présidentielle de janvier, comme initialement promis.

La junte a été unanimement condamnée après la répression sanglante d'une manifestation pacifique de l'opposition le 28 septembre à Conakry. La junte affirme que 56 civils ont été tués, plus de 150 selon l'ONU.

Au Niger, le président Mamadou Tandja, qui devait se retirer en décembre après 10 ans au pouvoir, a pris des mesures pour y rester encore au moins trois ans, plongeant son pays dans une grave crise.