Le Tchad accuse le Soudan de l'avoir bombardé

Afp

Agence France-presse, 29 Octobre 2006

Trois mois à peine après leur réconciliation officielle, le torchon brûle à nouveau entre le Tchad et le Soudan, N'Djamena accusant son voisin d'avoir bombardé vendredi quatre localités tchadiennes proches de leur frontière commune, ce que Khartoum a aussitôt démenti.

Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement tchadien Moussa Doumgor a affirmé samedi matin que «l'aviation soudanaise (avait) pris comme cibles les localités tchadiennes de Bahaï, Tiné, Karyari et Bamina (est)».

Lors d'une conférence de presse, son collègue des Affaires étrangères Ahmat Allami a précisé dans la soirée que «des bombes (avaient) été larguées sur de paisibles citoyens tchadiens» par des avions de fabrication russe Antonov.


«On enregistre des destructions de maisons d'habitation et de bétail, notamment et surtout dans la localité de Tiné, jusqu'à 5 km à l'intérieur du territoire tchadien», a affirmé le chef de la diplomatie tchadienne, qui n'a toutefois fait état d'aucune perte humaine.

«Nous mettons en demeure le Soudan de cesser dans les jours et les semaines qui viennent ses agressions. Dans le cas contraire, nous ne manquerons pas de prendre toutes nos responsabilités pour riposter comme il se doit si nécessaire», a menacé M. Allami.

«Nos forces armées useront de tous les moyens pour pourchasser les agresseurs venus du Soudan jusqu'à leurs derniers retranchements en territoire soudanais (...) la déstabilisation de notre pays doit cesser», a-t-il ajouté.

Par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, le Soudan a catégoriquement démenti samedi les «accusations sans fondement» de son voisin. «Nous n'avons pas de forces aériennes dans la partie du Soudan proche de ces localités et aucune intention d'escalade avec le Tchad», a déclaré à l'AFP Ali al-Saddek.

Sollicitées par l'AFP, les organisations humanitaires présentes dans l'extrême est du Tchad n'étaient pas en mesure, samedi après-midi, de confirmer la réalité des bombardements dénoncés par N'Djamena.

«Nos équipes à Bahaï n'ont signalé aucun incident, cette information me paraît assez surprenante», a assuré une source humanitaire interrogée dans la capitale tchadienne.

Quelque jours avant cette nouvelle escalade, la guerre des mots entre les deux voisins avait repris mercredi, lorsque N'Djamena a accusé Khartoum de soutenir les rebelles tchadiens de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), qui ont repris le 22 octobre leurs opérations militaires contre le régime du président Idriss Deby Itno.

Les hommes de l'UFDD, fruit de la récente fusion de plusieurs groupes hostiles au régime de N'Djamena, ont brièvement occupé dimanche Goz Beïda, près de la frontière soudanaise, puis le lendemain Am Timan, à une centaine de kilomètres plus au sud.

Selon un bilan publié vendredi par le ministre tchadien de l'Administration territoriale Ahmat Mahamat Bachir, les affrontements autour d'Am Timan ont fait une trentaine de morts côté rebelle, neuf morts dans les rangs des forces gouvernementales ainsi que deux civils.

Pour sa part, le chef de l'UFDD, le général Mahamat Nouri, a affirmé samedi à l'AFP que les prises de Goz Beïda et d'Am Timan s'étaient soldées par la mort de 73 soldats de l'armée gouvernementale et de deux rebelles.

L'armée tchadienne a repris mercredi sans combat le contrôle d'Am Timan. Les forces rebelles ont indiqué s'être repliées dans l'extrême est du pays.

Les rebelles ont pour leur part démenti être soutenus par les Soudanais, alors que Khartoum avait assuré jeudi par voie de presse qu'il n'avait «rien à voir avec les combats en territoire tchadien».

Après plusieurs mois d'un conflit larvé, le Tchad et le Soudan ont normalisé leurs relations le 8 août. Les deux pays s'accusent mutuellement depuis des années de soutenir des rébellions hostiles à leur régime.