Soudan : Luis Moreno-Ocampo campe sur ses positions

Redaction

Afrique Centrale Info, 27 Septembre 2008


Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), l'argentin Luis Moreno-Ocampo, a défendu à la 63e assemblée générale de l'ONU le mandat d'arrêt requis contre le président soudanais Omar el-Béchir. Face aux tentatives de différents Etats de diluer les accusations retenues contre le président soudanais, le procureur de la CPI a opposé sa responsabilité judiciaire et mis en avant l’indépendance de la justice dans les intérêts politico économiques qui régissent les relations entre les Etats africains et européens.

Le dossier brûlant du mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar EL Béchir a été mis cette semaine sur la table par la 63e assemblée générale des Nations Unes réunie depuis le 16 septembre dernier à New-York.

Le procureur de la CPI, l’argentin Luis Moreno-Ocampo a défendu sa décision d’inculper le chef de l’Etat soudanais pour crimes contre l’humanité concernant la situation du Darfour. Il a fermement distingué les intérêts des Etats européens et africains qui tentent de trouver des compromis et le rôle et les missions de la CPI.

«Eux, ils ont la responsabilité de trouver des solutions (…) moi, j'ai une responsabilité judiciaire», a expliqué le procureur.
«La solution ne peut ignorer la loi et ne peut ignorer les décisions judiciaires» a ajouté le spécialiste des droits de l'Homme âgé de 56 ans qui a fait ses armes dans des procès contre la junte militaire argentine dans les années 1980.
Au sujet des représentants du Qatar, de l'Union africaine et de la Ligue arabe, monsieur Moreno-Ocampo a rapporté qu’«ils m'ont invité à les briefer sur la décision judiciaire et je leur ai expliqué quel était mon mandat».
La France et l'Union africaine avaient annoncé qu'elle réclamerait à l'occasion de cette assemblée générale de l'ONU un report de la procédure concernant le président El Béchir.
Des ONG de défense des droits de l'Homme se sont indignées le 23 septembre dernier du «marchandage» engagé à l'ONU, notamment par le président français Nicolas Sarkozy et les pays amis du chef de l'Etat soudanais.
A la tribune de l’ONU, le président Sarkozy a proposé au président soudanais Omar El Béchir un arrangement alternatif aux recours judiciaires à travers un profond remaniement politique qui permettrait au Conseil de sécurité de l’ONU de suspendre pour un an le mandat d’arrêt de la CPI.
En juillet dernier, le procureur avait demandé aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt contre le président soudanais accusé de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité commis au Darfour, région de l'ouest du Soudan déchirée depuis 2003 par une guerre civile.

Les 15 membres du Conseil de sécurité, dont la France est membre permanent, peuvent voter une résolution pour différer de 12 mois toute poursuite initiée par la CPI et ce délai peut être prolongé selon les mêmes conditions.

Monsieur Moreno-Ocampo a toutefois trouvé le soutien du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon et des Etats-Unis, qui semblent prêts à bloquer tout compromis alors qu'ils se sont toujours opposés à la CPI.

Les proches de Moreno-Ocampo ont salué «la fermeté du secrétaire général» de l'ONU et se sont montrés confiant sur la délivrance d'un mandat d'arrêt contre Béchir par la CPI à la fin du mois de novembre ou au début du mois de décembre prochain.

«Je demande qu'on exécute les mandats d'arrêt contre Ahmed Haroun et Ali Kosheib» a déclaré le procureur de la CPI, en référence à l'actuel ministre soudanais aux Affaires humanitaires, et à un chef de la milice pro-gouvernementale janjawid, poursuivis par la CPI et qu’Omar el-Béchir a toujours refusé de remettre à la Cour.

«J'ai un mandat judiciaire, je ne peux pas faire de commentaires sur des activités politiques (…) Ce n'est pas de ma compétence. (…) Mon métier est d'enquêter et présenter les faits devant les juges et je vais continuer à le faire» a conclu le procureur Moreno-Ocampo.