Avion soudanais détourné: les pirates libèrent les otages puis se rendent

Redaction

Afp, 27 Août 2008

Les auteurs d'un détournement d'avion soudanais se sont rendus mercredi après-midi aux autorités libyennes à l'issue d'une prise d'otages qui a vu passagers et membres d'équipage en sortir sains et saufs.

"Ils (les pirates) se sont rendus maintenant", a indiqué en fin d'après-midi à l'AFP un responsable libyen depuis l'aéroport de Koufra (sud-est libyen) où l'avion était stationné depuis mardi soir.

"Les pirates se sont livrés sans violences et les membres de l'équipage de l'avion sont sains et saufs", a-t-il ajouté, précisant que les pirates étaient deux.

En soirée, les otages libérés --87 selon l'avion civile soudanaise-- ont gagné Khartoum à bord d'un avion civil libyen.

Les responsables de l'aéroport de Khartoum "rendent grâce à Dieu pour l'arrivée du vol 611 de Sun Air", a annoncé par haut-parleur une voix féminine, alors que de nombreux proches se trouvaient sur place.

Le Boeing 737 avait été détourné mardi après son décollage de Nyala, dans le Darfour (ouest), d'où il devait se rendre à Khartoum.

Les pirates, qui voulaient se rendre à Paris, avaient été obligés de faire atterrir l'avion à Koufra pour s'approvisionner en carburant.

Mais les autorités libyennes avaient refusé de leur en fournir, engageant le dialogue avec eux.

Les négociations avaient abouti mercredi matin à la libération de tous les passagers, mais les pirates avaient continué à retenir les huit membres d'équipage.

Un responsable libyen ayant requis l'anonymat a indiqué que les autorités n'avaient "pas encore d'idée sur l'appartenance (des pirates)", restés en Libye, et jugé qu'il fallait "attendre l'enquête pour le savoir".

La télévision d'Etat libyenne avait diffusé des images montrant les passagers visiblement fatigués, circulant entre des militaires libyens armés, alors que l'avion était immobilisé sur le tarmac.

Après l'atterrissage dans la nuit en Libye, les pirates avaient affirmé appartenir à l'Armée de libération du Soudan (SLA), un mouvement rebelle du Darfour, et demandé du carburant pour rejoindre leur chef Abdel Wahid Mohammed Nur à Paris, selon le directeur de l'aéroport militaire de Koufra, Khaled Saseya, qui citait le pilote de l'avion.

Selon ce pilote, "les pirates ont affirmé avoir coordonné (l'opération) avec lui", Mohammed Nur, et demandé un plan de vol leur permettant de rallier la capitale française, a dit M. Saseya.

Mais Mohammed Nur, qui vit à Paris, a démenti tout lien.

"C'est un vrai chef de la rébellion, de la résistance du Darfour, qui dit qu'il ne connaît pas ces gens et qu'il refuse absolument d'employer ces méthodes", a déclaré le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner.

La France, par la voix d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, s'est "réjouie" de la libération sans violence de tous les passagers de l'avion.

A Khartoum, par contre, les autorités ont appelé la Libye à arrêter et à leur remettre les "terroristes". "Nous voulons nous assurer que les pirates seront remis au gouvernement ici pour être traduits en justice", ont dit les Affaires étrangères.

Trois dirigeants d'un ancien mouvement rebelle du Darfour, signataire d'un accord de paix avec Khartoum en 2006, se trouvaient à bord de l'appareil détourné, selon un responsable du groupe, la faction Minni Minawi du Mouvement de libération du Soudan.

Le directeur de l'aviation civile libyenne, Mohamed Chlibak, cité par l'agence libyenne Jana, a précisé de son côté que deux officiers égyptiens membres de la force hybride ONU-UA au Darfour, deux Ethiopiens et un Ougandais figuraient parmi les passagers.

Le conflit au Darfour, où s'affrontent forces gouvernementales appuyées par des milices arabes et mouvements rebelles, a fait jusqu'à 300.000 morts en cinq ans, selon l'ONU, quelque 10.000 selon Khartoum.