Khartoum menace les ONG qui travaillent avec l’ONU

Redaction

Rfi, 20 Mai 2008

Lors d'une rencontre, lundi au Darfour, avec les ONG et l’organisme onusien de coordination humanitaire (OCHA), le responsable de la Commission des affaires humanitaires (HAC) du Soudan a tout bonnement interdit aux organisations humanitaires privées de travailler avec l’OCHA. L'organisme de coordination des affaires humanitaires de l'ONU est accusé de faire de la politique et de s'ingérer dans les affaires du Soudan. Khartoum a mis l’OCHA dans le collimateur. Dans le milieu humanitaire, cette affaire provoque un certain émoi. De violents combats se sont produits, ce mardi, entre les forces gouvernementales soudanaises et des ex-rebelles sudistes dans la zone pétrolière d’Abyei.

En matière d'obstruction et de brimades quotidiennes, les ONG travaillant au Darfour pensaient avoir tout vu et tout subi de la part des autorités soudanaises. Mais Haladi Nagn, le secrétaire général de la HAC - la commission des affaires humanitaires pour le sud Darfour - a démontré que le pire était encore à venir. Face aux représentants des ONG et des agences onusiennes, il a accusé l’OCHA de s'ingérer dans les affaires politiques du Soudan. Il leur reproche aussi de mélanger les genres, en s'intéressant de trop près aux questions militaires et sécuritaires dans cette province occidentale soudanaise. Pour terminer, il a menacé d'expulser les ONG qui continueraient à assister aux briefings de coordination organisés chaque semaine par l’OCHA. Cette décision a provoqué la consternation dans le milieux humanitaires et, surtout, chez les responsables de cet organisme.

Ce n'est pas la première fois que l'agence subit les foudres des Soudanais. L'an dernier, deux responsables de l’OCHA ont été expulsés du Darfour. Mais, cette fois-ci, c'est la présence humanitaire de l'ONU au Darfour qui est en question, estime un membre de la Mission de l’Union africaine au Darfour (Unamid), parlant sous couvert de l'anonymat. Pour lui, le Soudan cherche à diviser les humanitaires, à les diviser pour mieux les contrôler. Une politique qui agace ce responsable. « Le Soudan harcèle les humanitaires, bloque le déploiement de l'Unamid et personne, ni aux Nations unies, ni au sein des grandes puissances, ne réagit », a-t-il dit.

Combats entre les forces gouvernementales et les ex-rebelles sudistes

De violents combats ont opposé, ce mardi, l'armée gouvernementale soudanaise aux anciens rebelles sudistes. Les affrontements ont duré au moins cinq heures dans la région pétrolière d’Abyei, située sur la ligne de démarcation entre le sud et le nord du pays. Les deux camps s'en disputent le contrôle. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s’est déclaré préoccupé par ces combats et a appelé à un cessez-le-feu immédiat. Les Nations unies affirment que ces violences ont fait de nombreuses victimes.

Les ex-rebelles avaient signé en 2005 un accord de paix global avec le gouvernement de Khartoum, mettant fin à 21 ans de lutte armée dans le sud du pays. Mais le statut de cette zone stratégique n’a toujours pas été défini. Des combats meurtriers avaient déjà opposé, la semaine dernière, l’armée gouvernementale aux ex-rebelles à Abyei, poussant la quasi-totalité des habitants à fuir et l’ONU à évacuer son personnel.