CONFÉRENCE DE PRESSE DE LUIS MORENO-OCAMPO, PROCUREUR DE LA COUR PÉNALE INTERNATIONALE

Département Information

Onu, 05 Juin 2008

Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a affirmé cet après-midi, lors d’une conférence de presse au Siège des Nations Unies à New York, qu’il existait désormais des preuves liant le Gouvernement soudanais aux attaques contre des civils au Darfour.

Au cours des cinq dernières années, la région du Darfour tout entière est devenue un « champ de crimes », où des femmes et des filles déplacées sont systématiquement violées, des écoles bombardées et des terres saisies par le Gouvernement, a déclaré M. Moreno-Ocampo, quelques minutes après une réunion du Conseil de sécurité devant laquelle il a présenté son nouveau rapport sur l’état d’avancement des investigations menées par la CPI au Darfour.

Le Procureur a annoncé qu’un second dossier d’inculpation serait ouvert le mois prochain, attestant de l’utilisation de l’appareil d’État soudanais « pour attaquer et éliminer des communautés entières au Darfour ». « J’ai rassemblé des preuves irréfutables qui permettront d’identifier les principaux responsables de crimes contre des civils au Darfour, en particulier les Four, les Massalit et les Zarghawa », a-t-il ajouté, en faisant référence aux ethnies qui subissent les attaques de la milice soutenue par le Gouvernement.

Le Procureur a ainsi évoqué un élément important et inquiétant du dossier constitué par une preuve claire de la stratégie de Khartoum visant à dissimuler les « crimes de masse » commis. En assurant la promotion de criminels de guerre présumés à des postes clefs à Khartoum et au Darfour, le Gouvernement soudanais pourrait ainsi prétendre que tout allait bien au Darfour, tout en faisant porter la responsabilité des crimes sur d’autres, a-t-il dit.

Selon M. Moreno-Ocampo, les preuves révèlent une campagne coordonnée de l’armée, des services de sécurité et de renseignement visant à confier la responsabilité du bien-être de civils aux personnes qui les attaquaient. « C’est comme si l’on chargeait des pyromanes d’éteindre le feu », a-t-il précisé.

Le Procureur a indiqué avoir exhorté le Conseil de sécurité à adopter une déclaration présidentielle exigeant la coopération du Gouvernement du Soudan et de toutes les parties avec la CPI, la cessation des crimes au Darfour, la mise en œuvre de la résolution 1593 (2005) et l’arrestation et le transfèrement à La Haye d’Ahmed Harun et d’Ali Kushayb, lesquels font l’objet d’un mandat d’arrêt lancé en 2007.

Soulignant que l’impunité n’était pas un concept abstrait pour le peuple du Darfour, M. Moreno-Ocampo a dit avoir tenté d’expliquer clairement au Conseil de sécurité l’importance de la justice dans l’effort global visant à réaliser la paix au Darfour où, depuis 2003, les combats entre les factions rebelles et les forces gouvernementales ont fait des centaines de milliers de morts et chassé des millions de personnes de leurs foyers.

Avec la mission du Conseil de sécurité aujourd’hui à Khartoum, la communauté internationale a une occasion historique d’envoyer un message fort au Gouvernement soudanais, a ajouté le Procureur de la CPI.